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S’ennuyer est bon pour la créativité et pour aiguiser sa curiosité : un chercheur américain explique pourquoi

Le "Washington Post" a demandé à Erik Dane, auteur d’une étude sur les bienfaits de la rêverie, de donner à ses lecteurs des pistes pour ne rien faire efficacement, sous-entendu, comment sortir son esprit du pilote automatique au travail.

Article rédigé par Marion Lagardère
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un homme rêve dans son hamac. (SIGRID OLSSON / MAXPPP)

Depuis dix ans, des dizaines de neuroscientifiques s’intéressent aux bienfaits de l’ennui, et d’année en années, d’études en études, les effets positifs se confirment. Parmi ces chercheurs qui étudient la rêverie, Erik Dane, professeur spécialiste du comportement organisationnel à l’université de Saint Louis dans le Missouri (États-Unis), et auteur d’une étude publiée en novembre dernier. Il explique au Washington Post pourquoi ne rien faire serait une très bonne chose : ce que prouve son étude, c’est que la rêverie, le vagabondage mental stimule la créativité et la curiosité. Depuis cinq ans, il étudie les réactions de sujets adultes, des femmes et des hommes qui travaillent, de préférence beaucoup trop, et qui donc n’ont pas l’occasion de divaguer.

"Ce qu’on constate, explique le chercheur, c’est que notre environnement quotidien est rempli de d’opportunités, de choses à découvrir, à explorer, mais qu’on ne peut y accéder que si l’on sort de notre pilote automatique, si on se libère de l’emprise de l’agenda, de la succession permanente des tâches à accomplir." Evidement, tout le monde ne peut pas le faire, tout le monde n’a pas ce luxe, par exemple les chauffeurs de bus, les boulangers, les infirmières, les aides à domicile. Mais pour beaucoup d’autres, au fond, il y a forcément un espace de temps, même court, qui au lieu d’être consacré à supprimer des mails ou actualiser son profil sur Twitter, peut servir à ne rien faire. 

En réalité, la plupart du temps, d’un point de vue biologique et psychologique, nous ne faisons presque jamais rien.

Erik Dane, auteur d'une étude sur les bienfaits de l'ennui

au Washington Post

S’ennuyer correctement, ça passe d’abord par se débarrasser temporairement de son téléphone portable. L’étude prouve que la simple présence des téléphones empêche les participants de se libérer des stimuli et des sollicitations. Sous-entendu, le téléphone est là, il va peut-être sonner, s’allumer, l’attention est focalisée inconsciemment sur lui et donc ne parvient pas à s’en affranchir. Pas de téléphone donc, pas d’objectif ou de problème à résoudre non plus. L’idée c’est de ne rien faire, pas d’être productif.

Enfin, dernier enseignement : s’ennuyer ça s’apprend, c’est une gymnastique qu’il faut répéter régulièrement pour en apprécier les effets à long terme, moins d’anxiété, moins de stress, plus de créativité, de curiosité. Sachant que, "en réalité, note Erik Dane, la plupart du temps, d’un point de vue biologique et psychologique, nous ne faisons presque jamais rien." De quoi interroger les valeurs si souvent mise en avant aujourd’hui, productivité et hyperactivité permanente, et peut être ralentir, changer de rythme, au moins y penser.

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