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Lucie Pinson, l’activiste qui veut convertir les banques à l’écologie

Elle a lancé son ONG Reclaim Finance en 2020, il y a pile un an, pour convaincre les établissements bancaires de mettre fin aux financements de projets polluants. Une initiative qui a été récompensée en novembre dernier par le prestigieux Prix Goldman pour l’environnement.

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Lucie Pinson en 2017 à Paris (photo d\'illustration).
Lucie Pinson en 2017 à Paris (photo d'illustration). (ANNE-LAURE BARRAL / RADIO FRANCE)
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Quand on sait tout ce qui sépare ces deux mondes, celui de la haute finance et celui des activistes pour le climat, ça ressemble à un défi impossible, et pourtant… Lucie Pinson, 35 ans et diplômée en science politique, a très tôt compris que ce n’est pas en triant bien ses déchets, en fermant le robinet quand elle se brosse les dents, en éteignant les appareils en veille, ou même en changeant de banque, qu’elle allait limiter le réchauffement planétaire.

Elle a vite compris que pour lutter efficacement contre les émissions de gaz à effet de serre, la pollution, le dérèglement climatique, il fallait inévitablement aller plus loin, pas seulement s’adresser aux citoyens et aux États, mais directement à ceux qui gèrent le nerf de la guerre : les établissements bancaires.

Pour convaincre, on commence toujours en discutant, parce qu’il faut toujours dialoguer avant de taper. Et si l’on n’obtient pas de réponses, alors là, on les ennuie vraiment.

Lucie Pinson, fondatrice de Reclaim Finance

à Usbek & Rica

Si l’on parle d’elle aujourd’hui, c’est parce qu’elle fête l’anniversaire de son ONG, Reclaim Finance, fondée il y a tout juste un an, pour mettre face à leurs responsabilités les banques qui financent encore l’extraction d’énergies fossiles, pétrole, gaz, charbon, et surtout les faire renoncer à leurs projets polluants. C’est ce que Lucie Pinson a réussi à faire, d’abord avec la BNP, la Société Générale, Natixis et le Crédit Agricole, puis avec Axa, et le groupe Scor : tous ont renoncé à financer des mines de charbon grâce à elle. Comment ? "D'abord en discutant, explique-t-elle au magazine Usbek & Rica, parce qu’il faut toujours dialoguer avant de taper, et si l’on n’obtient pas de réponses, alors là on les ennuie vraiment." Et l’ennui en question, c’est souvent la mise sur la place publique de ce que les banques voudraient garder dans l’ombre : la liste de leurs activités polluantes, celles qui impactent le climat et les populations.

Le pire, c’est la culture de la défaite. Ça me rend folle... Le je-m'en-foutisme, les gens pas concernés... Il faut arrêter de croire que l’on ne peut rien changer.

Lucie Pinson, fondatrice de Reclaim Finance

au journal Le Temps

Mais attention, prévient-elle,  "le méchant banquier qui adore faire du profit en détruisant la planète, ça n’existe pas, c’est un mythe… La réalité, c’est que le système financier est un monde tellement déshumanisé qu’on peut y travailler sans se soucier des conséquences de ce qu’on fait."

Alors Lucie Pinson bouscule les inconséquents, elle a d’ailleurs reçu pour ça le prestigieux prix Goldman, le Nobel de l’écologie, en novembre dernier. L’occasion pour elle de dire qu’actuellement, plus de mille projets de construction de centrales à charbon sont à l’étude, en passe d’être acceptés, validés, financés. Le charbon, énergie la plus polluante, est responsable de 800 000 décès prématurés par an. Mais le pire, ce n’est pas ça, le pire, dit-elle au journal suisse Le Temps, "C’est la culture de la défaite. Ça, ça me rend folle... Le Je-m'en-foutisme, les gens pas concernés... Il faut arrêter de croire que l’on ne peut rien changer."

Lucie Pinson en 2017 à Paris (photo d\'illustration).
Lucie Pinson en 2017 à Paris (photo d'illustration). (ANNE-LAURE BARRAL / RADIO FRANCE)