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UMP : le mal est fait

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La guerre des chefs entre dans sa troisième semaine à l'UMP. La nouvelle du jour, c'est que pour la première fois, Jean-François Copé et François Fillon se sont rencontrés deux fois dans la même journée. Que leurs discussions aboutissent ou pas, le mal est fait. Ce sera difficile de s'en relever.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
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Ils se sont vus pendant une heure ce
matin, et ont pris rendez-vous pour la fin d'après midi. A 18h,
précisément. Toujours à l'Assemblée nationale, toujours loin des micros et des
caméras. Les deux rivaux se sont rendus compte
que leurs échanges de petites phrases, par media et lieutenants interposés, n'étaient
pas de nature à améliorer la situation. Il était temps, car les dégâts sont
d'ores et déjà considérables. Si Jean-François Copé et François
Fillon parviennent à imaginer une sortie honorable pour chacun d'entre eux,
cette issue constituerait un progrès. Mais la pente sera difficile à remonter.  

Qui
perd le plus, entre Jean-François Copé et François Fillon ?

Selon les enquêtes, ils perdent beaucoup
l'un et l'autre, avec un certain désavantage pour Jean-François Copé. Mais leur situation de départ n'était
pas la même. François Fillon bénéficiait d'une
image d'homme d'Etat. L'ancien Premier ministre en a joué d'ailleurs, dans cette
élection interne. S'il était le favori des
sympathisants, c'est bien parce qu'il incarnait une certaine autorité, une
certaine solidité. Or, après ces deux semaines de
disputes, assez peu glorieuses, François Fillon a perdu de cette autorité. Plusieurs critiques peuvent lui être
adressées.

La naïveté tout d'abord. François
Fillon s'indigne d'une organisation du vote qu'il aurait pu, et du, contester
dès le début du processus. Critiquer l'arbitre après la défaite
est le propre du  mauvais joueur.

Deuxième interrogation concernant François
Fillon. L'imprévoyance. L'ancien Premier ministre était tellement sûr et
certain de sa victoire, qu'il n'a pas envisagé de scénario de la défaite. Cette élection ratée a fait tomber François
Fillon de son piédestal. Pour y remonter, il faut une sortie
de crise qui prouve sa capacité à retourner la pire des situations politiques,
avec Jean-François Copé en face, ce n'est pas gagné. Mais François Fillon se
révèle bien plus pugnace que ses rivaux le pensaient.

Jean-François
Copé lui aussi a beaucoup perdu dans cette querelle.

Une victoire claire et nette, à la
surprise générale, l'aurait boosté sur le devant de la scène politique. Mais face aux contestations de François
Fillon, Jean-François Copé s'est englué dans des postures procédurières ou
politiques pour ne pas dire politiciennes.  Quand il s'abrite derrière des statuts assez
peu connus, ou bien tend une main qu'il retire presqu'aussitôt. Jean-François Copé est apparu comme
un président élu, certes, mais contesté, sourd à tous les avertissements,
pourvu qu'il conserve ce siège pour lequel il s'est tant battu. Son dynamisme s'est perdu dans un
déni des conséquences désastreuses de cette élection ratée, car trop étriquée.

Jean-François
Copé et François Fillon se parlent désormais, au bout de 15 jours. Il a fallu
que Nicolas Sarkozy mette tout son poids dans la balance. Il reste le vrai
patron de l'UMP.

  Il est vrai que Nicolas Sarkozy reste
le chef, mais l'ancien président ne sort pas grandi de cette querelle. Car il en est, sans en être. Et pour
cause. Nicolas Sarkozy ne peut pas se mêler publiquement et officiellement de cette
guerre de succession, pour la bonne raison qu'il n'est pas certain d'être
entendu. Le président menace du pire, ses
deux dauphins, s'ils ne parviennent pas à s'entendre.

Mais quelle est l'arme nucléaire de Nicolas
Sarkozy ? Dénoncer l'incurie des frères ennemis? elle saute aux yeux,
nul besoin de sa parole pour le constater. Reprendre sa place ? Nicolas
Sarkozy en a-t-il seulement envie ?                                                                       Et puis, l'ancien président est-il
vraiment certain que Jean-François Copé lui cèderait son fauteuil. Quelle serait sa légitimité ? Un
coup de force n'ouvrirait-il pas, au contraire, le procès de l'ancien président
battu à la présidentielle, et dont personne jusque-là n'a osé dressé le bilan.                                                                                            Quoiqu'il advienne désormais, il y a
3 blessés sur le champ de bataille. Leurs plaies peuvent cicatriser évidemment,
mais pour l'instant, elles affaiblissent toute l'armée UMP.  

 

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