Édito. Élections européennes : la stratégie de radicalisation de Jean-Luc Mélenchon pour incarner un vote "antisystème"

Le leader de la France insoumise multiplie les déclarations polémiques et assume complètement l'isolement dont il fait l'objet sur la scène politique.
Article rédigé par Renaud Dély
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min
Jean-Luc Mélenchon lance la campagne européenne des Insoumis, le 16 mars 2024 à Villepinte. (OLIVIER CORSAN / MAXPPP)

En première ligne, Jean-Luc Mélenchon cherche à cliver au maximum la campagne des Européennes. Toujours plus fort, toujours plus loin, lui d’un côté contre tous les autres, de droite mais aussi de gauche, qui se ligueraient contre les Insoumis. C’est le décor qu’il veut installer, oscillant entre des accents de matamore et de martyr. Dernière provocation en date, vendredi 19 avril, quand il a accusé le président de l’Université de Lille, qui avait annulé le meeting pro-palestinien qu’il prétendait tenir la veille, de s’être "aplati", de s’être "couché", comme "les lâches de la police française", qui organisèrent la rafle du Vel d’Hiv en 1942 ou le criminel de guerre nazi "Adolf Eichmann qui disait n’avoir fait qu’obéir à la loi de son pays". Cette nouvelle saillie a provoqué un tollé, et Jean-Luc Mélenchon s’est retrouvé un peu plus isolé. Précisément, ce qu’il recherche.

Il souhaite incarner un vote résolument "antisystème". Anti-Macron bien sûr, mais aussi un vote de rupture avec le reste de la gauche, des écologistes à Raphaël Glucksmann devenu sa cible préférée. Depuis le 7 octobre, quand il a refusé de qualifier le Hamas de "mouvement terroriste" et les massacres de "pogrom", Jean-Luc Mélenchon est engagé dans une fuite en avant qui le conduit à surenchérir sur la situation à Gaza. C’est devenu le principal sujet de campagne des Insoumis. Ils dénoncent un  "génocide en cours", accusent Raphaël Glucksmann d’être complice du gouvernement Nétanyahou. Ils cherchent à mobiliser dans les facs et organisent des manifestations comme dimanche à Paris. Et ils ont trouvé une nouvelle figure de proue, la militante franco-palestinienne Rima Hassan, candidate en 7e position sur leur liste, qui dénonce "l’entité coloniale fasciste" d’Israël qu’elle accuse de mener une  "politique d’apartheid" . Rima Hassan sera entendue par la police dans quelques jours - pour "apologie du terrorisme".

Un positionnement actuellement pas payant dans les sondages


Cette stratégie de radicalisation n'est pour l'heure pas efficace. Dans les sondages d’intentions de vote, la liste de Manon Aubry ne récolte que 6%, comme il y a cinq ans, très loin de celle de Raphaël Glucksmann en pleine dynamique autour de 13%. La cote de popularité de Jean-Luc Mélenchon s‘est effondrée. Selon le quotidien Libération, il est nettement devancé dans un sondage par le député insoumis François Ruffin pour porter les couleurs de la gauche en 2027. Pas de quoi inciter Jean-Luc Mélenchon à baisser d’un ton. Au contraire. Comme si, à force de se radicaliser, il avait fini par se convaincre que ce n’est pas forcément au fond des urnes que se jouera l’avenir du pays.

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