EDITO. Coup d'Etat au Niger : la crédibilité d'Emmanuel Macron en jeu

L’ultimatum de la Cédéao aux putschistes du Niger est arrivé à son terme. Avec la crédibilité de l’organisation intergouvernementale, c'est aussi celle d’Emmanuel Macron sur la scène internationale qui est en jeu.
Article rédigé par franceinfo - Benjamin Sportouch
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Emmanuel Macron et le président déchu du Niger Mohamed Bazoum au Sommet pour un nouveau pacte financier mondial à Paris, en juin 2023. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Le président français joue gros : le coup d’Etat au Niger vient après ceux au Mali, en Guinée et au Burkina Faso, à chaque fois sur fond de rejet de la France. Emmanuel Macron en avait pourtant fait l’un des pivots de sa politique étrangère : il devait être le président français qui mettrait un terme à la Françafrique, tout en aidant les dirigeants au pouvoir à lutter contre le terrorisme.

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Cet engagement du président français remonte loin puisque déjà en 2017, il s’envolait pour le Mali afin de soutenir la force Barkhane, seulement quelques jours seulement après son élection. Ce sera son tout premier discours à l’étranger, sur la base militaire de Gao. Et lorsqu'on relit ses mots six ans plus tard, on se rend compte à quel point l’échec est patent. Il saluait alors le courage de soldats et promettait surtout que la France ne partirait qu’une fois le terrorisme “éradiqué", c’est son mot à l'époque.

Pourtant on connaît la suite : les soldats ont dû quitter le Mali en février 2022 et le Burkina Faso, en ce début d’année 2023. 

Des promesses faites à la jeunesse africaine en 2017

Autre promesse du président français : celle faite à la jeunesse africaine, en novembre 2017 à l’université de Ouagadougou, au Burkina Faso. Emmanuel Macron s’y engageait, rien de moins, à “ouvrir une nouvelle page de la relation entre l’Afrique et la France”. Sauf que là aussi, c’est un revers et pour plusieurs raisons. 

D’abord parce que dans les faits, la France est toujours perçue au travers de son passé colonial et que même un jeune président élu après la décolonisation ne suffit pas à effacer l’histoire ; ensuite parce que la France a toujours des intérêts économiques majeurs en Afrique et que les jeunes africains, eux, nourrissent en parallèle du ressentiment de ne pouvoir obtenir des visas pour la France. Enfin, et c’est lié à cette désillusion, une influence grandissante de la Russie est à l’œuvre. En effet, malgré l’affaiblissement de Poutine après le putsch avorté de Wagner, Moscou apparaît encore comme un nouveau partenaire de choix pour des centaines de milliers d’Africains, au détriment, donc de la France et de l’Europe. 

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C’est pour cela que le président français suit d’heure en heure ce qu’il se passe au Niger car ce qu’il adviendra ne s’arrête pas aux frontières de l’Afrique de l’Ouest. En effet, la suite pourrait avoir une incidence majeure sur la crédibilité de la France sur la scène internationale. 

On ne peut pas reprocher à Emmanuel Macron ses ambitions initiales mais, comme souvent en matière de politique étrangère, le président français aura surtout péché par des promesses excessives. Il aurait gagné à plus de prudence. 

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