La garden-party à l'Élysée : une tradition plus que centenaire supprimée en 2010

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Initiée par l'épouse du président Sadi Carnot en 1888, la traditionnelle garden-party du 14 juillet dans les jardins de l'Élysée a été supprimée en 2010 sous Nicolas Sarkozy. 

Article rédigé par
Isabelle Morand - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Paris, palais de l'Elysee, 1892. La farandole des invités lors d'une garden-party sous Sadi Carnot, président de la République française. Gravure de Meaulle d'apres un dessin d'Henri Meyer et Karl Fichot. (BIANCHETTI / LEEMAGE VIA AFP)

Pendant 120 ans, les jardins de l’Élysée ont accueilli des garden-parties le 14 juillet, après le traditionnel défilé militaire sur les Champs-Élysées. Une tradition depuis 120 ans. 

La première réception a été organisée en 1888 par Cécile Carnot. L’épouse du président Sadi Carnot, passionnée de roses et de jardin, s’inspire alors des garden-parties royales lancées au Royaume-Uni par la reine Victoria.

Un rendez-vous mondain

L’Élysée emboîte le pas à Buckingham, et invite des invités triés sur le volet, raconte Pierrick Eberhard, ancien grand reporter, spécialiste des parcs et jardins et de l'horticulture, qui écrit actuellement un ouvrage consacré aux relations entre le jardin et les politiques : "À l’époque, c’était mondain, voire plus que mondain ! C’était le rendez-vous des "happy few", des ambassadeurs et représentants des corps constitués. C'était assez confidentiel, entre 500 et 1000 personnes.

La tradition a été maintenue pendant toute la Troisième et la Quatrième République. Sous la Cinquième, Charles de Gaulle a fait de même. Avec Georges Pompidou, les destinataires des cartons d'invitation ont été un peu plus souvent envoyés à des personnalités des arts et des lettres. C'était un grand amoureux de la poésie, de la littérature et de l'art. Le jardin fait partie de l'art."  

Des invitations par milliers

Tout change avec l’arrivée de Valéry Giscard d’Estaing au pouvoir, en 1974. Les invités sont toujours des personnalités d’horizon divers, auxquelles s’ajoutent désormais des centaines de Français conviées pour la circonstance. Une tradition reprise par tous les locataires suivants, jusqu’à Nicolas Sarkozy.

"Il y a tellement de monde qu’on récupère les canards du bassin pour leur éviter de se faire piétiner..."

Pierrick Eberhard

à franceinfo

La vitrine de la gastronomie française...

Des milliers de personnes se pressent autour de buffets qui débordent de victuailles diverses. Pierrick Eberhard a fait partie une année des invités : "Toutes les provinces françaises étaient représentées par des stands absolument fastueux qui présentaient leur gastronomie, leurs spécialités, leurs vins. C’était totalement fou, presque surréaliste... J'ai été frappé de voir des gens de très haut niveau social faire la queue devant des stands comme des morts de faim..."

... et un jardin en souffrance

Pierrick se souvient d’une conversation avec un jardinier qui était caché dans un coin, et qui disait : "C’est trop, c’est trop ! Mon pauvre jardin, il souffre."

Imaginez effectivement 5000 personnes agglutinées derrière des stands sur une pelouse passée au peigne fin d’ordinaire...  

"Le jardin souffrait énormément de cette grande manifestation."

Pierrick Eberhard

à franceinfo

Retour au calme

La garden-party est supprimée en 2010, la faute à des factures astronomiques et l’austérité liée à la crise économique de 2008.

Cette suppression a fait des heureux. Les canards peuvent vivre leur vie, même le 14 juillet. Les jardiniers ne sont plus angoissés à l’idée de voir leur travail malmené, et encore le mot est faible. Car comme le dit Pierrick Eberhard, "À la fin de la garden-party, le gazon était dans un état cent fois pire qu’après un match de rugby France-Angleterre." 

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