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Info Médias. En Turquie, des journaux d'opposition sous haute surveillance

Depuis la tentative de putsch du mois de juillet 2016, les journalistes turcs victimes d'une vague de répression. Le journal "Cumhuriyet" résiste toujours malgré les arrestations et la peur.

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Un agent de sécurité monte la garde devant les locaux du journal \"Cumhuriyet\" à Istanbul, le 31 octobre 2016.
Un agent de sécurité monte la garde devant les locaux du journal "Cumhuriyet" à Istanbul, le 31 octobre 2016. (OZAN KOSE / AFP)

En Turquie, 177 médias ont été fermés par le gouvernement depuis le coup d’Etat raté du 15 juillet 2016, selon un rapport de RSF. Plus d'une centaine de reporters sont emprisonnés. Mais certains journaux tentent de continuer d’informer. C'est le cas de Cumhuriyet, célèbre quotidien d'opposition, le seul à ne pas avoir été fermé.

Onze journalistes toujours en prison

Il faut passer des grilles et deux points de sécurité pour entrer dans les locaux de ce journal créé en 1924. Les bagages sont passés aux rayons X. Le bureau d’Aydin Engin est au cinquième étage.

Il a pris la tête du journal par la force des choses, les autres cadres ont été arrêtés, notamment le rédacteur en chef. Les domiciles de treize employés ont été perquisitionnés. De sa fenêtre, on voit d’un côté le palais de justice, de l’autre, le cimetière. "Deux lieux que les journalistes fréquentent trop souvent", regrette l’éditorialiste.

Réduire au silence 'Cumhuriyet' est devenu une priorité du gouvernement.

Aydin Engin

Patron de "Cumhuriyet"

Onze journalistes de Cumhuryiet sont actuellement en prison. Aydin Engin a été arrêté puis relâché du fait de ses 76 ans. Depuis le mois de juillet, la pression que subit son journal "est constante". Des procédures judiciaires qui n’en finissent pas, des arrestations, de la surveillance… Mais il subit aussi une asphyxie financière avec notamment un embargo publicitaire. "Les annonceurs qui veulent acheter des encarts sont contactés par le gouvernement", raconte-t-il.

Pour faire face, le journal vient d’augmenter son prix. Il coûte 2 livres turques, soit 50 centimes d’euros. C’est 25% de plus que les autres journaux. C’est maintenant le quotidien le plus cher de Turquie mais cela n’a pas fait baisser ses ventes, au contraire. Cumhuriyet a également lancé une souscription auprès des lecteurs.

Des journalistes qui s’autocensurent par crainte

Nazan Özcan s’occupe de la Une du journal. Dans sa salle de rédaction, pas de décoration, rien au mur, juste quelques tables et quelques ordinateurs. Nazan ne craint pas les sanctions financières mais confie qu’elle s’autocensure parfois. "Nous devons faire très attention, explique-t-elle. Moi, j’ai peur de porter préjudice à mes collègues emprisonnés."

La Une de Cumhuriyet du 11 janvier 2017.
La Une de Cumhuriyet du 11 janvier 2017. (RADIO FRANCE / Elise Delève)


Devant Nazan, la Une du 11 janvier 2017. En bas à droite, il y a une case vide. "On inscrit le nom des journalistes emprisonnés en haute avec leurs photos, montre-t-elle. Mais on laisse un vide là où ils auraient dû écrire". 

Nazan travaille pour le journal depuis septembre 2016, après le coup d'Etat et le début de la répression. Alors pourquoi ? "Je voulais faire du journalisme. Et c’est le seul endroit en Turquie où on peut".

Le cas de Cumhuyriet est assez symbolique de la situation en Turquie. C'est devenu la plus grande prison de journalistes au monde, selon Reporters sans Frontières, avec 150 journalistes emprisonnés. 72% des médias généralistes sont maintenant gérés par des patrons qui ont des liens avec Erdogan. La pluralité n'existe presque plus en Turquie et pour la faire survivre, les médias comme Cumhuriyet ont besoin "de soutien international comme ils ont besoin 'd'eau et d'air'". Ce sont les mots du patron de Cumhuriyet.

RADIO FRANCE / FRANCEINFO

Un agent de sécurité monte la garde devant les locaux du journal \"Cumhuriyet\" à Istanbul, le 31 octobre 2016.
Un agent de sécurité monte la garde devant les locaux du journal "Cumhuriyet" à Istanbul, le 31 octobre 2016. (OZAN KOSE / AFP)