Ils ont fait l'actu. Zar Amir Ebrahimi, la révélation du Festival de Cannes 2022 comme une revanche sur la vie

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Sandrine Etoa-Andegue revient sur les événements marquants de l'année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui vous les racontent. Zar Amir Ebrahimi a remporté le prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes pour son rôle dans Les nuits de Mashhad.

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L'actrice et réalisatrice Zar Amir Ebrahimi, prix d'interprétation féminie au Festival de Cannes 2022 (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

Zar Amir Ebrahimi se réveille encore de ce rêve. Le 28 mai 2022, l'actrice iranienne reçoit des mains de Guillaume Canet le prix d'interprétation féminine au Festival de Cannes. Une récompense pour son rôle d’une journaliste qui enquête sur une série de meurtre dans le film Holy Spider, qui sort en France le 13 juillet, sous le titre Les Nuits de Mashhad.

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Dans son discours de sept minutes, Zar Amir Ebrahimi a rendu hommage aux femmes iraniennes, aux femmes du monde dans un discours en farsi, en anglais et en français. "C’est un film rempli de haine, de main, de pieds, de sexe, tout ce que l’on ne peut monter en Iran", dit-elle très émue.

Plus d'un mois et demi après son prix, l'actrice se souvient de ce moment : "J’essaie de me réveillé, j’étais surprise, on peut même dire choquée, je n’attendais pas ce prix même si j’ai reçu beaucoup de commentaires positifs sur ce film pendant le festival." Quand elle monte sur scène, elle veut "profiter du moment, regarder tous ces gens du cinéma qui (l)’applaudissent". "À vrai dire, je ne me souviens presque de rien", confie Zar Amir Ebrahimi, actrice et réalisatrice iranienne

Un prix comme une revanche

À 41 ans, Zar Amir Ebrahimi considère ce prix comme une récompense d’un long travail patient. Quand elle est arrivée en France, il y a presque 15 ans, elle ne parlait pas la langue, n’avait aucun contact. Elle a dû repartir de zéro. C’est ce qui passe pour tous les exilés, selon elle : "Peu importe qui tu étais qui ou qui tu es, ça m’a pris beaucoup de temps pour apprendre la langue."

La vie de Zar Amir Ebrahimi a pris un tournant en 2006. Actrice reconnue en Iran, sa carrière est fracassée en plein vol suite à la diffusion sans son consentement d’une vidéo intime sur internet "volée par un ami de (s)on amoureux de l’époque". Le scandale est immense dans cette société très conservatrice et patriarcale. "Cela a crée une ambiance de malade, tout le monde la regardait, elle se vendait dans la rue, il n’y avait même pas TikTok ou Instagram", se souvient Zar Amir Ebrahimi.

Je risquais la prison, une interdiction de travail, j’ai eu envie de me battre, de me défendre

Zar Amir Ebrahimi, actrice iranienne

Le milieu du cinéma, ses collègues, ses amis lui tournent le dos. "On vit dans une société totalitaire. Il y a de la dénonciation, des trahisons. Mais même dans cette société-là, je voulais rester, travailler et puis après six mois, je me suis dit, il faut que je parte", explique l'actrice.

Aujourd’hui, elle espère s’imposer dans le cinéma français et que les réalisateurs ne la cantonneront pas à des rôles qui l’enferment. La France c’est "un mélange de culture très beau et c’est cela que je veux voir au cinéma aussi", selon la comédienne. Elle espère que ce prix lui ouvrira des portes : "J’ai des propositions, mais c’est très récent, j’espère qu’avec ce prix cela va continuer". Elle dit devenir "plus exigeante car la vie est courte".

Zar Amir Ebrahimi aimerait un jour retourner en Iran. "Ma famille, les rues de Téhéran, mes voyages en Iran me manquent", confie-t-elle. Pour l’heure, son film est interdit là-bas, les Iraniens pour le voir le font "sous le manteau". Elle se sent aujourd'hui plus Française qu’Iranienne : elle a trouvé dans son pays d’adoption "une deuxième famille".

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