Ils ont fait l'actu. L’ancien PDG d'Orange Stéphane Richard, condamné pour complicité de détournement de fonds publics, parle d'un verdict "injuste"

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Sandrine Etoa-Andegue revient sur les événements marquants de l'année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui vous les racontent. Lundi 8 août, Stéphane Richard, l’ancien PDG d'Orange revient sur sa condamnation pour complicité de détournement de fonds publics.

 

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Radio France
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Stéphane Richard, ex-PDG d'Orange. (SANDRINE ETOA-ANDEGUE / RADIO FRANCE)

24 novembre 2021, Stéphane Richard, patron d'Orange, est condamné par la cour d'appel de Paris pour complicité de détournement de fonds publics dans l'affaire de l'arbitrage controversé entre le Crédit Lyonnais et Bernard Tapie. Le PDG depuis 2011de l'opérateur historique est contraint de lâcher les commandes dans la foulée du verdict "injuste et incompréhensible" selon lui.

Les mots sont durs, réagit-il à l’époque. Il s’étonne de la peine prononcée au regard de l’accusation, "Je fais observer quand même que, par rapport à la sévérité de ces reproches, la peine qui est prononcée un an de prison avec sursis apparaît, j'allais dire, étonnamment faible. Un an de prison avec sursis. En gros, c'est ce qu'on a quand on roule très vite sur l'autoroute", déclare Stéphane Richard.

Depuis le 1ᵉʳ juin dernier. Stéphane Richard est l'un des 57 associés de Perella Weinberg, une banque d'investissement américaine. Il travaille au bureau de Paris et c'est un changement pour celui qui a été dirigeant d'entreprise pratiquement sans discontinuer depuis 1994, avec une parenthèse à Bercy entre 2007 et 2009.

Il confesse que sa vie a "radicalement changé" depuis qu’il a quitté Orange le 19 mai à l'assemblée générale : "Je suis passé d'une vie ou j'ai été le patron d'une grosse organisation, grosse entreprise, avec un agenda extrêmement lourd, contraint, beaucoup de formalisme, beaucoup de réunions à un métier qui s'apparente plus à une profession libérale. La firme pour laquelle j’officie maintenant, c'est 600 personnes dans le monde et Orange 150 000 salariés. Et donc, moi qui ai été dans la position du patron que la terre entière venait courtiser pendant plus de dix ans, aujourd'hui, je suis dans l'autre position", dit Stéphane Richard.

"J'ai tourné la page"

Il dit être resté "profondément attaché à Orange, à ses salariés qui d'ailleurs me parlent, m'écrivent, me sollicitent de temps en temps. Et ça me fait très plaisir. Il y’a toujours  ce lien indéfectible. Ce qui est brutal et injuste, c'est le fait d'avoir lié ce départ à cette affaire de l'arbitrage Tapie, qui reste pour moi une blessure profonde. J'ai vécu huit ans de cette procédure dans toutes ses étapes. Ça a été une sorte d'épée de Damoclès au dessus de ma tête pendant toutes ces années. C'était très difficile à supporter et à vivre. J'ai formé un pourvoi en cassation. Maintenant, c'est comme ça. Comme je vous l'ai dit, moi j'ai tourné la page. Je me consacre à ce nouveau métier, cette nouvelle activité, tout en gardant une place grande dans mon cœur pour Orange", commente Stéphane Richard.

En ce qui concerne ce pourvoi en cassation, "on peut s'attendre à ce qu'il y ait une décision de la Cour de cassation vers la mi 2023", assure t-il. Une procédure importante pour lui car il aimerait que son "innocence définitive soit reconnue." Une question de regard qu’il a sur lui-même, détaille Stéphane Richard : "Sur les institutions de mon pays, sur la justice de mon pays. Mais est-ce que d'ailleurs j'irais au bout de cette cassation ? Je ne suis pas complètement sûr aujourd'hui."

Après ces douze années à la tête d’Orange, Stéphane Richard fait le bilan

"Ce dont je suis le plus fier, c'est d'abord d'avoir, je crois, un peu réparé une entreprise. Quand je suis arrivé, il y avait une majorité de salariés qui cachaient le fait qu'ils travaillaient chez France Télécom à l'époque. Donc le fait d'avoir, ce n'est pas moi tout seul, mais en tout cas d'avoir contribué à restaurer cette fierté d'appartenance et globalement, je dirais les liens sociaux et humains à l'intérieur de l'entreprise, c’est une grande fierté", note Stéphane Richard.

Des regrets ? "Naturellement, j'en ai. Je n'ai pas réussi à faire le grand mouvement stratégique qui aurait complètement changé la donne pour Orange. Ça pouvait être une fusion avec un de nos grands collègues européens, les Allemands, les Anglais par exemple. J'ai essayé discrètement à plusieurs reprises, mais je pense que les conditions n'étaient pas réunies. Je pense que Orange aurait pu être à l'initiative de la création d'un vrai grand opérateur paneuropéen dans notre secteur. Je pense que ça aurait été bien pour l'Europe et pour la France, mais je n'y suis pas arrivé. Je sais que j'ai essayé, je ne pense pas être moi à l'origine de l'échec, mais en tout cas, je n'y suis pas arrivé", avoue Stéphane Richard.

Stéphane Richard a suivi à distance les premiers pas de sa successeur, Chrystelle Heydemann, sans les commenter. Si l'entreprise veut de nouveau faire appel à lui pour son expertise, sa porte sera toujours ouverte et son téléphone aussi, dit-il. Mais il le répète, il a tourné la page.

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