Ils ont fait l'actu. Hervé Le Tellier, une vie bouleversée grâce au prix Goncourt 2020 avec "L'Anomalie"

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Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l'année. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. L'écrivain Hervé Le Tellier a décroché le prix Goncourt 2020 et réalise l'une des meilleures ventes avec plus d'un million d'exemplaires vendus.

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Radio France
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Hervé Le Tellier, écrivain, prix Goncourt 2020. (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

30 novembre 2020 : pour son roman L'Anomalie chez Gallimard, Hervé Le Tellier reçoit le prix Goncourt. Crise sanitaire oblige, le lauréat est privé de la traditionnelle cérémonie au restaurant Drouant, la récompense est remise à distance, par visioconférence, à l'écrivain de 63 ans. "Dans le monde de la littérature, contrairement à celui de la course à pied, il n'y a pas de chronomètre. D'une certaine manière, donc, la reconnaissance des pairs, l'obtention d'un prix joue un peu ce rôle de cour de validation. Ça libère". Tiré à 12 500 exemplaires à sa parution il y a un an, le roman d'Hervé Le Tellier a franchi la barre symbolique du million de tirages et il est désormais traduit en 40 langues. Ces chiffres vertigineux font d'Hervé Le Tellier l'un des Goncourt les plus vendus de l'histoire, mais très loin encore derrière L'Amant de Marguerite Duras.

Jusqu'à présent et malgré sa vingtaine de romans, l'auteur restait méconnu du grand public. Le Goncourt est venu bouleverser sa vie. "C'est quelque chose qui ne m'est évidemment jamais arrivé. J'ai déjà eu des livres traduits en 5, 6, 10 langues, mais pas quarante. C'est un niveau de mobilisation unique. Et puis cela signifie aussi une absence de vie sociale pendant tout ce temps-là, et de ne pas travailler." confie Hervé Le Tellier.

Cela peut entraîner peut-être pour certains une forme de dépression parce qu'on n'est plus du tout dans l'activité classique de l'écrivain qui est d'écrire. On fait tout à fait autre chose

Hervé Le Tellier

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Pour Hervé Le Tellier comme pour n'importe quel Goncourt, remporter le plus prestigieux des prix littéraires est in fine assez accaparant. "C'est éprouvant au sens où il y a beaucoup de voyages. On doit évidemment passer son temps à aller d'une ville à une autre, prendre l'avion pour aller à Barcelone, puis en Grèce, puis en Slovénie, etc. explique l'auteur qui ne s'attendait pas à un tel succès. Et puis, une deuxième chose, c'est qu'on se doit un peu à ses lecteurs, d'une certaine manière. Le lecteur est naturellement désireux de rencontrer l'écrivain d'un texte qu'il a lu et il a peut-être envie de lui dire des choses sur ce texte. On se doit d'être présent. On n'a pas eu, je pense, avec le Covid et le confinement, l'occasion de rencontrer grand monde. Donc ça s'accélère maintenant." 

"La plupart de mes livres se vendent à 20, 30 000 exemplaires ce qui signifie que lorsqu'on vend un million d'exemplaires, on vend beaucoup plus. C'est 40 fois plus parfois ! souligne Hervé Le Tellier. Et ça signifie que la plupart des gens que je croise lors des signatures me disent que c'est le premier livre de moi qu'ils lisent, ce qui est tout à fait logique. Je ne m'y attendais pas. J'avais quand-même composé un livre avec l'idée que je jouais avec les codes du best-seller. Mais je jouais avec. C'est-à-dire que ça m'amusait de faire un livre qui joue avec des codes. Je ne pensais pas avoir fait un best-seller pour autant."

"Un alignement de planètes"

Hervé Le Tellier a aussi conscience qu'il doit partiellement son énorme succès de librairie à la crise sanitaire. "Évidemment, il y a eu un alignement de planètes et mon bonheur personnel fait le malheur de beaucoup d'autres. Comme il y a eu le confinement, avec des fermetures de librairie, les livres 'visibles' sont ceux qui ont le plus été commandés par les lecteurs qui le prenaient en 'click and collect'. Ce qui fait l'achat d'un livre, c'est le fait de se promener dans une librairie, de manipuler un peu les livres, de regarder les quatrièmes de couverture. Lorsqu'on est limité au click and collect, les 50 titres ou 100 titres les plus visibles – ceux dont la presse parle – sont les plus favorisés."


Pour l'auteur, le Goncourt apporte évidemment quelques garanties. "Évidemment, je sais que je ne serai pas à la rue d'ici vingt ans lorsque j'aurai 84 ans. Il y a déjà cette sorte de sécurité qui est importante. Ensuite, il ne faut surtout pas avoir l'ambition de faire un deuxième livre qui va vendre à un million" ajoute celui qui ne ressent pas de pression, même s'il sait que son prochain ouvrage sera davantage attendu. "Évidemment, les critiques vont regarder la manière dont il est écrit, structuré, à quelles règles il obéit". Pour se remettre de son année éprouvante, Hervé Le Tellier a prévu un mois d'août de détente et de lecture dans sa maison de la Drôme. À la rentrée, l'écrivain se penchera sur l'adaptation en série télé de son roman.

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