Ils ont fait l'actu. Camille Kouchner, la fin du silence

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Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l'année 2021. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. 

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Radio France
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Camille Kouchner l'auteure de "La Familia grande" aux éditions du Seuil. (SEBASTIEN BAER / RADIO FRANCE)

7 janvier 2021. Dans son livre La Familia grande, aux éditions du Seuil, Camille Kouchner révèle les agressions sexuelles subies par son frère, il y a trente ans. La fille d'Evelyne Pisier et de Bernard Kouchner met en cause son beau-père, le politologue et ancien eurodéputé Olivier Duhamel. "Moi, j'ai dû me taire pendant des années, pendant trente ans... Maintenant, je trouve que le silence, il est pour lui. Il a fait un truc qui est impardonnable, impardonnable, donc je ne lui pardonne pas."

Pendant trente ans, le silence et l'omerta auront protégé le lourd secret de la famille Kouchner. Entendu par la justice, Olivier Duhamel a reconnu les faits, mais il n'y aura pas de procès car les agressions sexuelles, qui remontent à la fin des années 80, sont prescrites. Mais cette prise de parole aura en tout cas libéré Camille Kouchner et des dizaines d'autres personnes qui lui ont écrit après la parution de l'ouvrage. "J'ai reçu beaucoup de courriers. J'ai reçu des mails et des courriers papier, notamment de certaines personnes assez âgées qui me disaient : 'C'est la première fois que je confie ce secret à quelqu'un', et donc qui me confiaient leurs secrets. Je me disais qu'il était temps quand-même que cette parole-là soit accueillie de manière plus efficace. Si les gens s'expriment comme ça, ça veut dire qu'ils peuvent parler mais qu'ils ne sont pas entendus. Quand je reçois un courrier de quelqu'un qui a 80 ans et qui dit : 'C'est la première fois que je le dis', je me dis qu'on n'a pas le bon système", regrette Camille Kouchner.

Partage et fin de l’omerta

Si Camille Kouchner a choisi de prendre la parole au travers de sa plume, c’est dans un but bien précis. "Ça paraît peut-être un peu naïf comme ça, mais je voudrais que mes enfants, leurs copains, sachent qu'on peut nommer les choses et en parler. Il faut bien qu'à un moment donné, il y ait comme un feu vert, on a le droit d'en parler. Il n'y a pas d'interdit, quelles que soient les choses qu'on a subies, il faut pouvoir en parler", note l’auteure qui pointe la difficulté de prendre la parole. "D'abord, ça touche un domaine qui est de l'ordre de l'intime. Donc on n'ose pas parler de l'intime alors que justement c'est le pire, d'une certaine manière, auquel on porte atteinte et très, très souvent on est dans cette inversion de la responsabilité, c'est à dire que c'est la victime qui est coupable tout le temps. Donc les victimes ne parlent pas." Quant aux effets de la libération de la parole, Camille Kouchner en attendant du positif : "J'espère que le fait d'avoir parlé fera que j'irai mieux. Alors je ne suis pas la victime directe, mais n'empêche que le silence m'a nui. Et j'ai l'impression de remettre chacun à la juste place qu'il devrait avoir, c'est-à-dire ceux qui souffrent, ceux qui ne souffrent pas, ceux pour lesquels c'est compliqué, etc. Et en retrouvant cette cohérence-là, oui, ça fait beaucoup de bien, mais c'est à ce monde à l'endroit-là auquel j'aspire."

Longtemps, Camille Kouchner s’est interdit de prendre la parole. La mort de sa mère, Evelyne Pisier (en 2017), a changé les choses et joué comme l’élément déclencheur. "J'imagine que c'est elle que je protégeais en me taisant parce qu'elle n'avait pas envie de vivre une douleur supplémentaire. Je crois que c'est ça. Et donc, à partir du moment où elle n'était plus là, je n'avais plus besoin de la protéger. Je n'avais plus de raison de me taire." La médiatisation de l'affaire Kouchner aura contribué à briser un peu plus le tabou de l'inceste. Dans la foulée de la parution du livre de Camille Kouchner, d'autres affaires ont éclaté, impliquant des personnalités comme le producteur de télévision Gérard Louvin et l'acteur Richard Berry.

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