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Ils ont fait l'actu. Alain Fischer, monsieur stratégie vaccinale

Sébastien Baer revient sur les événements marquants de l'année 2021. Et ce sont ceux qui les ont vécus qui les racontent. 

Article rédigé par franceinfo, Sébastien Baer
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min
Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale. (SEBASTIEN BAER)

3 décembre 2020. Alain Fischer est nommé à la tête du tout nouveau conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. Choisi par le Premier ministre Jean Castex, ce médecin-chercheur au CV prestigieux et à la solide réputation est chargé de conseiller le gouvernement dans sa campagne de vaccination contre le coronavirus. "La vaccination représente un espoir énorme pour arriver progressivement à contrôler cette pandémie qui a provoqué autant de morts et autant de souffrance de par le monde et spécifiquement en France" souligne Alain Fischer.

Médecin expérimenté, Alain Fischer - 71 ans - est habitué à rendre la science accessible au grand public. Il a déjà fait partie de plusieurs comités d'orientation et a reçu une vingtaine de distinctions pour ses travaux. Mais depuis sept mois, Alain Fischer a moins de temps à consacrer à la génétique, l'immunologie et la pédiatrie. Car le conseil d'orientation de la stratégie vaccinale l'accapare très largement. "J'essaie de me ménager une vie en dehors du vaccin parce que pour moi, autant, évidemment, il faut s'investir pleinement dans une mission de ce type, autant c'est une question pour moi personnelle, j'ai besoin que mon activité et mon travail aillent au-delà et me donnent des espaces de respiration, même si forcément, ne serait-ce que par l'entourage qui pose des questions sur la vaccination, ça revient tout le temps" sourit le médecin.

Rythme de vie particulier

La présidence de cette nouvelle instance a également modifié les habitudes de travail d'Alain Fischer depuis le 3 décembre 2020. "Sans être dans la situation des politiques, heureusement, on nous demande un peu dans l'urgence d'émettre un avis, ce qui n'est pas notre fonction habituelle. En tant que chercheur, on ne travaille pas dans l'urgence. Sur ce plan, ça change un peu de ma vie, surtout à mon âge, où j'étais moins en contact avec la médecine immédiate et plus dans la réflexion". souligne Alain Fischer.


Parfois, certains décisions ont aussi dû être prises "sans avoir toutes les connaissances" dit le médecin qui explique "c'est une situation assez originale, cette pandémie. On s'appuie sur la science, mais on n'a pas toutes les informations. On pourrait citer de très, très longue liste d'incertitudes et donc on est obligé de proposer ou de réfléchir sur les indications, est ce qu'un vaccin peut être mis à la disposition de tous ou pas? Peut-être que l'exemple le plus flagrant, c'est l'exemple initial. C'est-à-dire que quand il a été décidé, à juste titre, de vacciner les gens en Ehpad, des personnes très âgées, particulièrement fragiles, on n'avait aucune information sur l'efficacité des vaccins au-delà de 75 ans. Nous n'avions pas la certitude que ces personnes seraient aussi bien protégées que des personnes plus jeunes. Mais voilà, à un moment, il faut prendre les décisions avec les informations disponibles".

Retrouver sa vie d'avant

Alain Fischer réagit aussi à la défiance qu'a inspiré le vaccin AstraZeneca, boudé par certaines personnes. D'après le médecin, environ 40% des doses livrées n'ont pas été utilisées. "Ce n'est pas négligeable et c'est frustrant parce qu'à chaque fois qu'une personne est éligible pour la vaccination par AstraZeneca et ne se fait pas vacciner, ça retarde la campagne de vaccination et donc on perd du temps. Perdre du temps, ce n'est pas juste perdre du temps. À chaque fois qu'on ne vaccine pas les gens, eh bien, il y a des gens qui tombent malades, la circulation du virus continue; des gens tombent gravement malades et il y a des gens qui meurent".
Pour Alain Fischer, "les meilleurs ambassadeurs de la vaccination sont les gens qui viennent d'être vaccinés".


Quand la campagne de vaccination sera achevée, Alain Fischer retrouvera sa vie d'avant. "Je reviendrai pleinement à ce que je fais quand-même partiellement aujourd'hui : un peu de médecine dans mon domaine et continuer à faire de la recherche, réfléchir à des questions autour de la science et l'immunologie. Je retournerai à ma vie précédente et peut-être que je consacrerai un tout petit peu plus de temps à mes petites filles". Quand la campagne de vaccination sera terminée, Alain Fischer retrouvera ses travaux sur les maladies génétiques du système immunitaire. Le médecin est mondialement reconnu comme le pionnier des thérapies géniques pour les enfants-bulles, les enfants nés avec un déficit immunitaire.

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