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Des salariés moins chouchoutés

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Les salariés des grandes entreprises moins chouchoutés. La pression monte sur la Syrie. Le secteur du high tech, gouffre électrique. Et la mort du gardien de la poix.
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Radio France
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A la Une : la crise qui met de nouveaux avantages dans le collimateur dans les grandes entreprises, le secteur numérique un gouffre énergétique, et la pression qui monte sur la Syrie. Mais d'abord dans les titres du matin des quotidiens, toujours les dossiers chauds de la rentrée pour le gouvernement...

"Retraites, budget, croissance : les équations impossibles de Hollande"... C'est le titre du Monde, des équations impossibles, ce que le Figaro résume autrement, en parlant pour financer les retraites du choix entre la peste et le choléra, qui se finira sans doute par un mélange des deux, l'augmentation de la CSG et des cotisations sociales... Inquiétude toujours pour les retraites à la Une de l'Humanité qui appelle à manifester nombreux le 10 septembre, avec un mot d'ordre et c'est le gros titre de l'Huma : "Il va falloir pousser fort !"... tandis que les Echos titrent sur le coût du travail et le geste surprise du gouvernement, cette possible baisse des charges évoquée hier par Jean-Marc Ayrault devant le patronat.

Tout autre chose à la Une de Libération, un constat d'échec pour la gauche, "Police-banlieues, la gauche n'a rien changé",  méfiance et défiance dominent toujours les relations entre la police et les habitants des cités et plus d'un an après l'élection de François Hollande, rien n'a changé, avec des hommes de terrain enfermés dans des missions uniquement répressives. Et c'est aussi un appel à Manuel Valls, car pour Eric Decouty dans Libération, le ministre de l'Intérieur doit avoir le courage politique de définir d'autres missions de service public à la police nationale.

Illustration du malaise dans Libération avec un reportage à Saint-Denis, Alice Géraud a suivi le quotidien de deux brigades. Pas facile d'ailleurs pour un journaliste de se faire admettre comme ça au sein d'un commissariat.

Et puis deux titres dans la presse régionale, les soucis de la rentrée avec le Républicain lorrain qui a fait les courses avec une famille de Woustwiller dont les deux enfants vont retrouver l'école primaire et le lycée : le budget cartable, c'est du lourd, même si la hausse des prix est jugée modérée par Familles de France, l'addition est lourde, 800 euros pour les deux élèves.

Enfin à Marseille, inquiétude sur le front social : 1900 emplois sous la menace... SNCM, Kem One ou encore Les Moulins Maurel, l'avenir de plusieurs emblèmes économiques régionaux est incertain et là aussi la rentrée sociale s'annonce lourde de menaces.

Egalement à la Une, les salariés des grandes entreprises peuvent s'attendre à être moins chouchoutés...

C'est le gros titre du Parisien et d'Aujourd'hui en France. On parle des salariés des grandes entreprises, EDF, SNCF, Air France, etc... dont les coûteux avantages ont été pointés par la Cour des comptes. Par exemple les billets de train et d'avion à prix cassés, ou l'électricté presque gratuite... Des discussions sont ouvertes depuis quelques semaines pour remettre en cause tous ces tarifs préférentiels, et pour le Parisien, c'est un dossier sensible qui risque d'empoisonner encore un peu plus la rentrée du gouvernement déjà bien chargée.

Chasse aux privilèges : un grand classique des périodes de crise. Mais Le Parisien souligne qu'il faut se méfier des raccourcis faciles, car ce genre d'avantages n'est pas, et loin de là, l'apanage du seul secteur public. Dans le privé aussi, on soigne ses salariés, et en la matière, le fossé des inégalités ne se creuse pas en fonction du statut public ou privé, mais plutôt en fonction de la taille de l'entreprise, comme si une injustice en cachait une autre...

La Syrie, c'est aussi l'un des grands titres du jour dans la presse...

"La pression monte sur la Syrie", c'est la Une de l'International Herald Tribune qui publie de nombreux témoignages de survivants de cette attaque chimique dans la banlieue de Damas, attaque qui ne semble plus faire de doute aux yeux des responsables occidentaux. Des témoignages et un long récit saisissant. Pour le Herald Tribune qui décrit longuement les effets dévastateurs du gaz, les victimes se sont retrouvées plongées dans des scènes dignes d'un film d'horreur. L'un des rescapés a cette autre expression pour décrire la panique et l'ambiance de fin du monde cette nuit-là quand les gaz ont commencé à faire leur effet terrifiant, il dit que c'était comme le jour du jugement dernier...

C'est vrai que c'est une vision d'apocalypse qui ressort de ces témoignages. Du côté du Monde, c'est d'ailleurs le crime de trop, celui qui appelle la riposte. Pour Natalie Nougayrède, la directrice du Monde qui signe l'éditorial, l'horreur chimique vient de changer la donne dans un conflit qui était déjà depuis longtemps un scandale humanitaire. Un crime de trop qui fait du dossier syrien un enjeu de sécurité collective au sens large, car au-delà de la Syrie, l'emploi des gaz toxiques utilisés en temps de guerre tisse un fil rouge entre les horreurs du XXème siècle et celles que l'on ne peut redouter pour le siècle actuel. Voilà pourquoi pour Le Monde il faut intervenir en Syrie, car ne pas réagir, ce serait ouvrir la voie à l'ensauvagement de notre siècle à l'échelle mondiale, une sorte de feu vert à d'autres horreurs.

Dans le Figaro, Renaud Girard rappelle quand même qu'à ce stade, aucune enquête indépendante n'a formellement établi le camp responsable de ce crime abject. Et à propos de fil rouge historique des horreurs de la guerre, il fait aussi un petit
rappel : en 1921, l'Angleterre réprime une révolte des tribus chiites dans l'Irak de l'époque. Des rebelles bombardés par les Anglais avec des armes chimiques.

Renaud Girard ajoute dans le Figaro qu'heureusement pour le gouvernement de Londres, ni la télévision, ni YouTube, ni les smartphones n'existaient à l'époque. Si bien que personne ne put s'apitoyer sur les convulsions des familles chiites touchées par les gaz. L'histoire ne s'arrête pas là : l'officier britannique qui eut l'idée de faire bombarder les rebelles irakiens au gaz moutarde était un certain major Harris. Général d'armée aérienne vingt ans plus tard pendant la Deuxième guerre mondiale, c'est lui qui fit raser Dresde en février 1945. Aujourd'hui, il a sa statue au coeur de Londres.

Un chiffre impressionnant aussi dans la presse : l'économie numérique est un gouffre électrique... encore plus qu'on le pensait...

Et le chiffre est dévoilé par Les Echos, c'est une estimation réalisée par des experts de l'énergie : la consommation d'électricité du secteur des high-tech représente à elle seule 10 pour cent de la production de toute l'électricité mondiale, soit l'équivalent de la production cumulée de l'Allemagne et du Japon.

Et ce n'est qu'un début : on estime que la quantité d'électricité consommée par le secteur va doubler d'ici dix ou vingt ans, à la fois pour faire fonctionner les usines qui fabriquent le matériel informatique, pour l'utilisation de ce matériel, mais aussi pour le fonctionnement des réseaux informatiques et des centres de stockage des données.

Au total, tout ça dévore beaucoup d'électricité, ce qu'un expert cité dans Les Echos appelle l'économie de la baleine bleue : c'est gros, c'est énorme, et pourtant c'est invisible, mais c'est bien réel. Et c'est de pire en pire avec la généralisation des réseaux sans fil, qui sont les plus gourmands en énergie. Conclusion : pour Les Echos, le défi énergétique risque d'être bien plus grand que ce qu'on imaginait dans les années à venir.

Et puis une disparition, celle d'un scientifique à la mission étonnante...

C'était le chercheur chargé chez lui en Australie de la plus ancienne expérience scientifique au monde : depuis 52 ans, John Mainstone était chargé d'observer la chute de gouttes de poix dans une sorte de sablier, la poix, un liquide si visqueux qu'il n'a laissé échapper que huit gouttes depuis 1927, quand l'expérience a été mise en place. Une expérience pour étudier les propriétés de la poix, qui a un aspect solide, mais qui est en fait un liquide, comme l'explique liberation.fr.

Le suivi de l'expérience de la goutte de poix avait valu à John Mainstone de recevoir en 2005 le prix de physique de la fondation IgNobel, qui récompense des études d'apparence farfelue "qui peuvent d'abord faire rire avant de faire réfléchir".

Comme le remarque par ailleurs l'éditorialiste Didier Pobel sur son blog, dommage que ce chercheur de 78 ans n'ait pas été français, son cas aurait parfaitement illustré le débat sur les retraites, d'autant que surveiller la chute d'une goutte de poix pendant 52 ans, c'est un travail d'une pénibilité toute particulière, vu qu'une goutte de poix, ça s'abat nettement moins vite qu'une taxe.

 

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