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Léonard de Vinci, entre la France et l'Italie

Les chefs d’Etat des deux pays, Emmanuel Macron pour la France et Sergio Mattarella pour l’Italie, passent la journée de jeudi dans les châteaux du Val-de-Loire où le génie a séjourné. 

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Auto-portrait de Léonard de Vinci, Amboise
Auto-portrait de Léonard de Vinci, Amboise (A.J.CASSAIGNE / PHOTONONSTOP / AFP)

Même si l’Italie n’existait pas encore en tant qu’Etat à l’époque du génial artiste et inventeur, Léonard de Vinci passa l’essentiel de ses années dans la péninsule en Toscane, où il naquit en 1452, mais il travailla également à Milan, à Mantoue ou à Venise, avant, de traverser les Alpes, acceptant en 1515, l’invitation du jeune roi de France, François Ier, car il souffrait chez lui de la concurrence de Raphaël ou Michel Ange qui incarnaient la jeune génération.

Et puis surtout quel accueil ! François lui donne le château du Clos-Lucé et l’accueille par ces mots en 1516 : "Ici Léonard, tu seras libre de rêver, de penser et de travailler"… Mais l’essentiel de son œuvre est derrière lui, réalisée en Italie. De Vinci n’aura finalement vécu que trois ans en France où il s’éteint en 1519, il y a donc 500 ans aujourd’hui-même.  

Léonard, symbole de l'amitié franco-italienne

Et c’est donc à l’occasion de cet anniversaire que l’on fait de Léonard le symbole de l’amitié franco-italienne, et ce n’est pas une première.

Je vous propose de revenir en avril 1956. Dans un contexte nettement moins tendu qu’aujourd’hui entre les deux pays, le président de la République italienne, Giovanni Gronchi, vient célébrer l’amitié entre son pays et la France, et le symbole est tout trouvé :  

Léonard de Vinci marque combien l'histoire de nos deux peuples est liée, aussi bien sur le plan intellectuel que politique

Giovanni Gronchi à Paris, le 24 avril 1956

Léonard de Vinci, c’est le symbole de l’effacement des frontières, mais pas seulement...

Léonard de Vinci, symbole du génie national pour les nationalistes italiens

Très récemment, à la fin de l'année 2018 et au début de la suivante, la nouvelle secrétaire d’Etat italienne à la Culture, Lucia Borgonzoni, qui appartient à la Ligue de Matteo Salvini est revenue sur la promesse du gouvernement précédent d’envoyer en France de très nombreuses œuvres de Léonard pour une grande exposition en octobre 2019. Les mots qu’elle a employés sont violents : "Les Français ne peuvent pas tout avoir. Ces tableaux nous appartiennent. (…) Léonard, hormis le fait d'être un génie reconnu dans le monde entier, est un grand Italien. Et pourtant, certains voudraient remettre cela en doute. Nos collègues de l'autre côté des Alpes veulent le faire passer pour un Français, mais non."  

Et ce n’est pas la première fois que les nationalistes revendiquent Léonard de Vinci. C’est notamment l’une des pistes les plus crédibles pour expliquer le vol de la Joconde en 1911. Le voleur, Vincenzo Peruggia, un vitrier italien installé en France aurait agi par nationalisme à en croire ses avocats. Pour se "venger des rapts de Napoléon" car il croyait, faussement, que Bonaparte avait volé Mona Lisa lors de la campagne d’Italie. Une autre hypothèse, pas très éloignée, serait celle d’un escroc allemand qui l’aurait poussé à voler en jouant lui aussi sur la corde nationaliste.

Dans les années 1930, années ô combien nationalistes en Italie, les fascistes avaient voulu se réapproprier la figure de Léonard de Vinci, symbole du génie italien, et Mussolini voulait lui dédier l’Exposition universelle de 1939 prévue à Rome pour laquelle des maquettes des inventions avaient été réalisées, une exposition finalement annulée après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Pendant cette guerre, les nazis tentèrent de voler les ossements de Léonard de Vinci pour les offrir à Mussolini. Ils ne les trouvèrent pas. 

Auto-portrait de Léonard de Vinci, Amboise
Auto-portrait de Léonard de Vinci, Amboise (A.J.CASSAIGNE / PHOTONONSTOP / AFP)