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Le Rafale, histoire d'une stratégie (pour l'instant) perdante

Aujourd'hui, l’Égypte signe le bon de commande de 24 Rafales de Dassault. Mais avant cette commande miracle, boudé par l'aviation française du fait de la crise et victime de ses concurrents SAAB et Boeing pour l'exportation, le Rafale symbolisait plutôt l'échec de la stratégie de l'isolement française. Retour sur la chronique d'un échec et de l'arrogance française

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(Rafale © Maxppp)

 Le 7 juillet 1984, alors que la construction européenne est relancée, une grande nouvelle est annoncée à la radio française.

Cinq pays de l'OTAN, la France, le Royaume-Uni, l'Allemagne fédérale, l'Italie et l'Espagne s'associent pour lancer les recherches nécessaires à la fabrication d'un nouveau modèle d'avion de combat.

"Le chasseur de l'an 2000" , entend-on à la radio.

Il s'agit en fait d'un projet remontant à 1977. La flotte européenne d'avion de chasse est vieillissante, et ses performances ne font pas concourrence aux F-15 ou F-16 américains et aux MIG-29 soviétiques. Le contexte budgétaire délicat, conséquence de la crise qui frappe l'Europe, pousse à l'association.

C'est donc plus par nécessité que par véritable désir que le projet d'un avion de combat tactique européen est lancé.

Et c'est probablement ce manque de volonté profonde qui explique les difficultés du projet. Deux ans avant l'annonce de l'accord, le Ministre de la Défense Charles Hernu, en déplacement à Toulouse, évoquait encore la perspective d'un échec.

"Les études générales ont montré que la France possédait les cerveaux nécessaires pour construire un tel programme. J'ai proposé aux nations européennes de s'associer à cet effort parce que cela coûterait moins cher à la France,"

Pas sûr que les dirigeants européens apprécient. Mais les mots de Charles Hernu ont le mérite d'être clairs : la France pourrait mener le projet seule, les partenaires n'étant là que pour donner des dollars. Cette attitude un brin arrogante est à l'origine de graves tensions entre la France et les autres pays européens, essentiellement les Anglais. Dans un contexte de Guerre Froide, les deux pays n'ont pas la même vision de ce que devrait être l'avion du futur. L'Angleterre soutient l'idée d'un avion destiné à la supériorité aérienne, tandis que la France défend celle d'un appareil plus léger et surtout multirôle. Autre sujet de négociations musclées, les moteurs, les uns mettant en avant Rolls Royce tandis que les autres s'arcboutent sur la SNECMA.

Tant et si bien que la France finit par claquer la porte des négociations lors du sommet de Turin en août 1985. Mais loin de s'en inquiéter, à la télévision française, on est plutôt du genre à s'en réjouir : 

"Toute cette suprématie technologique, l'aéronautique française aurait dû la partager dans le cadre du programme européen. De ces Rafales, Dassault devrait en vendre 330 à l'armée française et près de 3x plus à l'exportation. "

Mais lorsqu'en 2001 les Rafales sont mis en service, la France et Dassault tombent de haut. L'armée française n'en commande que 180, et à l'étranger, l'appareil ne se vendra pas vraiment comme des petits pains puisque l'avionneur en vendra.... ZERO ! Enfin zéro, jusqu'à la commande égyptienne d'aujourd'hui. Dans le même temps, l'Europe construit sans la France l'Eurofighter qui lui s'est vendu à ce jour à 700 exemplaires, il est vrai essentiellement aux armées des pays du consortium. Les difficultés de l'eurofighter sont telles aujourd'hui que l'avenir pourrait être plus florissant pour le Rafale, mais dans ce domaine, et avec la concurrence du F35, rien n'est jamais certain...

Aujourd'hui, Français et Anglais développent conjointement un projet de drone de combat. Reste à voir si les leçons du Rafale ont été retenues....

(Rafale © Maxppp)