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Histoires d'info. Immigration : comment, depuis trente ans, la gauche alterne fermeté et générosité

Le président de la Republique s'est exprimé au sujet des migrants mardi à Calais. Il a prononcé "Le devoir d'humanité" mais il manie également la fermeté. La fermeté qui est une démarche invariable depuis des années en France.

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Michel Rocard, Premier ministre, en François Mitterrand, président de la République, en décembre 1989.
Michel Rocard, Premier ministre, en François Mitterrand, président de la République, en décembre 1989. (PATRICK HERTZOG / AFP)

"Humanité et fermeté" ou encore "générosité et efficacité", quelles que soient les formules, depuis la fin des années 1980, c’est une forme de consensus qui s’est imposé au sein de la gauche de gouvernement. Humanité pour les immigrés bénéficiant du droit d’asile, fermeté à l’égard des clandestins entrés pour des raisons économiques.

La gauche de gouvernement, dont viennent Gérard Collomb mais aussi Emmanuel Macron, a fait sa mue sur ce sujet en deux temps.

Premier temps : la conversion à la fermeté

Alors qu’en 1986 elle s’étranglait encore devant les charters de Charles Pasqua, trois ans plus tard, le ton a changé. Accusée d’angélisme dans un contexte de montée en puissance du Front national et de ses idées, la gauche de retour au pouvoir en 1988 ne veut pas refaire l’erreur du début des années 1980.

Voici ce que François Mitterrand déclarait en réponse aux questions des journalistes à l’Elysée en décembre 1989 : "Les clandestins, je suis prêt à vous répondre là-dessus. L'immigration clandestine ne doit pas être tolérée : les clandestins qui viennent en France doivent donc s'attendre à être rapatriés ou dirigés sur un pays de leur choix. (...) Il y a des clandestins et il y en a sans doute trop."

Et dans le même temps, c’est le Premier ministre, Michel Rocard qui monte au créneau sur l’immigration. Il est l’invité de "Sept sur sept", en décembre 1989, et la phrase qu’il prononce ce jour-là a depuis été cités et maltraitée : "Il faut lutter contre toute immigration nouvelle : à quatre millions… un peu plus, quatre millions deux cent mille étrangers en France, nous ne pouvons pas héberger toute la misère du monde, ce n’est pas possible."

Deuxième temps : le rappel de la générosité

Elle est formulée clairement avec le retour dans l’opposition en 1993 et face à une droite dure sur l’immigration, avec le retour de Charles Pasqua à l’Intérieur. Le même Michel Rocard, toujours face à Anne Sinclair, précise sa pensée, en juillet 1993 : "Laissez-moi lui ajouter son complément, à cette phrase : je maintiens que la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde. La part qu’elle en a, elle prend la responsabilité de la traiter le mieux possible."

Michel Rocard définit le dogme qui est celui de la gauche au pouvoir, mais aussi celui de LREM, Emmanuel Macron, en bon rocardien ayant d’ailleurs cité cette phrase en novembre dernier.

Michel Rocard, Premier ministre, en François Mitterrand, président de la République, en décembre 1989.
Michel Rocard, Premier ministre, en François Mitterrand, président de la République, en décembre 1989. (PATRICK HERTZOG / AFP)