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Alain Finkielkraut à l'Académie française : élection légitime

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Le parcours d'Alain Finkielkraut, de l'extrême gauche militante à la droite assez réactionnaire, ne cesse d'étonner. Son dernier ouvrage avait fait la polémique. Mais l'élection à l'Académie de cet homme mélancolique d'une langue qui se perd, d'une France de naguère, et qui voit en l'immigration la cause de la perte d'identité nationale, est néanmoins tout à fait légitime. Analyse.
Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
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La
"une" du Figaro vendredi ; celle de Libération ; Le
Monde
qui en a parlé longuement... L'élection d'Alain Finkielkraut à
l'Académie française ce jeudi est un de ces évènements dont les Français
raffolent.
Mais au-delà de cette élection quelque peu anecdotique, cet
épiphonème n'en est pas moins révélateur.

Il nous
rappelle en effet l'importance de l'Académie : plus une institution est
inutile, anachronique, plus elle nous semble essentielle. L'Académie c'est un
lieu de mémoire, une sorte de Panthéon littéraire national avec ses épées, sa
coupole, ses rites de passage, ses prix d'éloquence, son dictionnaire,
rétrograde, jamais achevé... Elle porte aux nues la figure du grand écrivain à
la française même si beaucoup de ses membres actuels n'ont pas laissé de
grandes traces littéraires de leur vivant. Et alors même qu'elle en a oublié
beaucoup en leur temps, et pas des moindres : Molière Balzac, Flaubert,
Zola, Proust ; tous ceux-là n'ont pas été académiciens.

Alain Finkielkraut, un rebelle qui défend la tradition

Alain
Finkielkraut c'est au fond un rebelle qui défend la tradition. Auteur à succès
depuis La défaite de la pensée en 1987, qu'il ratiocine sur le déclin de
la culture française, la critique du multiculturalisme - qu'il n'aime pas -. Il
est contre le jeunisme, les industries culturelles, l'école, qui fout le camp,
la galanterie aussi.

Et puis il y
a la langue
: Alain
Finkielkraut est mélancolique sur le français qui se perd. Il milite pour
l'éloquence et la récitation. C'est une sorte d'anti-moderne , un peu à la
Péguy. Très anti-internet aussi, bien qu'il n'ait ni portable, ni ordinateur,
ni accès à internet - c'est plus facile de critiquer quand on ne regarde pas -.
Il chérit la France de naguère et vomit - le mot est fort -, la diversité
culturelle.

Une personnalité "clivante"

C'est une
personnalité clivante ont murmuré certains académiciens - bien que le mot
clivant ne soit pas dans leur dictionnaire -. Pour d'autres, c'est le lepénisme
qui entre à l'Académie, ce qui est exagéré. En revanche, le parcours d'Alain
Finkielkraut, de l'extrême gauche militante des années 60 à la droite assez
réactionnaire d'aujourd'hui, ne cesse d'étonner.

Son dernier
ouvrage, L'identité malheureuse , a été critiqué assez vertement à sa
sortie, même dans cette chronique.
Pour en faire un résumé un peu brutal, on peut dire que la thèse de cet ouvrage
est que l'immigration est la première cause de la perte d'identité nationale.

L'identité malheureuse ** : de mauvaises réponses à de

mauvaises questions**

On l'avait
déjà dit : Alain Finkielkraut offre de mauvaises réponses à de mauvaises
questions. Lorsqu'il craint la désintégration nationale, il oublie ce qui
marche en France, y compris dans les quartiers, les start-ups, les spectacles,
etc. On se souvient d'ailleurs d'une passe d'armes avec Manuel Valls, sur France
2 il y a quelques semaines, où celui qui était encore ministre de l'Intérieur
lui reprochait  son pessimisme et de n'avoir pas confiance en la France.

Ce sanglot
long de l'homme blanc nous avait déçus.
Ce succès, cette polémique, en disent cependant long sur
la France comme elle va. La France parfois frileuse, parfois sépia, obsidionale
dans ce qu'elle se croit assiégée.

**Pourquoi il faut (quand même) féliciter Alain

Finkielkraut pour son élection**

Mais soyons beau
joueur : félicitons Alain Finkielkraut pour cette élection, car après tout, son
entrée à l'Académie française est légitime
. Il est un homme blanc, un peu
"scrogneugneu", qui rejoint un cénacle à dominante masculine et très blanc pâle.
Un réactionnaire qui entre à l'Académie, une institution elle-même un peu
réactionnaire, un pourfendeur de la langue française dans une Académie obsédée
par la disparition de l'imparfait du subjonctif. On peut donc féliciter Alain
Finkielkraut qui aura bientôt son épée et deviendra Immortel. Mais nous ne
sommes pas obligés pour autant de décliner avec les déclinologues.

 Par Frédéric Martel

* Pour aller
plus loin :

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