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Expliquez-nous... Le Levothyrox

Alors que l'Association française des malades de la thyroïde appelle la justice à examiner le rôle que pourraient avoir, selon elle, des nanoparticules de métal dans les effets secondaires de la nouvelle formule du Levothyrox, focus de franceinfo sur ce médicament et ce que vivent certains patients depuis un an.

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Des boîtes de Levothyrox, le 22 octobre 2017, à Lyon.
Des boîtes de Levothyrox, le 22 octobre 2017, à Lyon. (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO / AFP)


Le Levothyrox est un médicament dont le principe actif est une hormone de substitution, prescrit à des personnes souffrant de troubles de la glande thyroïde -cette glande à la base du cou qui régule de nombreuses fonctions du métabolisme.
Lorsqu'une nouvelle formule du médicament a été introduite sur le marché français en mars 2017, le nombre de patients sous Levothyrox était estimé à près de trois millions de personnes, faisant de la France le premier marché mondial.

Mars 2017, un changement de formule contesté

L'Agence du médicament en avait fait la demande au laboratoire Merck cinq ans plus tôt, pour, a t-elle expliqué, rendre le principe actif, la molécule, plus stable dans le temps. Le changement ne portait pas sur le principe actif du médicament mais sur les excipients (ce qui donne au produit sa consistance, son aspect, son goût) et notamment sur un composant, le lactose, remplacé par du mannitol et de l'acide citrique.

De nombreux effets indésirables signalés

Dans les mois qui ont suivi, certains patients ont signalé des effets tels que fatigue, maux de tête, insomnies, vertiges, douleurs musculaires, pertes de cheveux... 17.000 signalements ont été recensés en huit mois, des patients laissés sans réponse, dans un contexte compliqué par le fait que le médicament est dit à "marge thérapeutique étroite", c'est à dire que le dosage adapté à chaque patient est difficile à trouver et un très faible changement de dosage, de composition, peut avoir des effets importants.

Deux rapports de pharmacovigilance ont été remis, en octobre et en janvier dernier, à l'Agence nationale de sécurité du médicament.

Il en ressort qu'aucun lien n'est établi entre le Levothyrox et les décès de personnes qui prenaient la nouvelle formule du médicament, que les effets indésirables signalés après la prise de la nouvelle formule sont identiques à ceux de l'ancienne formule et que la fréquence de signalement très élevée reste inexpliquée.

Une pétition suivie d'effets

La ministre de la santé avait annoncé le 15 septembre que l'ancienne formule du médicament serait à nouveau disponible, ce qui a été fait sous le nom d'Euthyrox. Le laboratoire Merck a, cela dit, ensuite précisé que ce ne serait le cas que pour une durée limitée.

Face à la colère des patients, des alternatives thérapeutiques ont ces derniers mois été mises en place et Merck n'est plus en situation de monopole.

Pour les pouvoirs publics, des solutions amorcées. Pour de nombreux patients, un problème qui reste entier

Les inquiétudes de nombreux patients ne sont aujourd'hui pas levées: d'une part parce que certains d'enrte eux souhaiteraient pouvoir continuer à bénéficier de l'ancienne formule du Levothyrox qui leur convenait, d'autre part parce que de nombreuses questions que se posent les malades sur ce qu'ils ont vécu restent sans réponse.

Depuis le 2 mars dernier, une information judiciaire est ouverte pour tromperie aggravée, blessure involontaire et mise en danger d'autrui. Un juge d'instruction est chargé, à Marseille, d'enquêter sur les milliers de plaintes déposées.

Sur le volet civil du dossier, une action collective est engagée contre le laboratoire Merck pour défaut d'information et préjudice d'angoisse. Le procès est prévu le premier octobre prochain à Lyon.

Des boîtes de Levothyrox, le 22 octobre 2017, à Lyon.
Des boîtes de Levothyrox, le 22 octobre 2017, à Lyon. (NICOLAS LIPONNE / NURPHOTO / AFP)