Xavier Bertrand au congrès : l'art de changer d'avis

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Tous les soirs, Clément Viktorovitch décrypte les discours politiques et analyse les mots qui font l'actualité. 

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Radio France
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Xavier Bertrand, lors d'une visite sur le site de l'entreprise Esatco de Thouare-sur-Loire, le 27 juillet 2021.  (SEBASTIEN SALOM-GOMIS / AFP)

Xavier Bertrand a finalement cédé : il se soumettra au vote des militants LR, lors du congrès. Une option à laquelle, jusqu’au bout, il a cherché à se soustraire. Mais tout va bien car… ceci n’est pas une primaire ! C’était en effet sa ligne rouge. Depuis le 1er jour, Xavier Bertrand avait annoncé qu’il ne rentrerait pas dans un processus de primaire. Lundi 12 octobre, sur TF1, c’est ce qu’il a commencé par rappeler. "Oui, je participerai à ce congrès parce que Les Républicains ont écarté la primaire. J'avais dit mon opposition à la primaire qui était source de divisions."  

Jusque là, rien que de très cohérent donc : Xavier Bertrand est droit dans ses bottes, il reste cohérent avec ce qu’il a toujours annoncé. Oui mais, il y a tout de même quelque chose qui me chiffonne. Quand il parle de "congrès", qu’est-ce qu’il entend au juste ? "Qu'est-ce qu'ils ont décidé les adhérents des Républicains ? Ils ont dit non à la primaire très clairement parce qu'ils ne veulent pas d'affrontement. Mais en revanche je présenterai mon programme, comme je le fais ce soir [lundi] à tous les Français, aux adhérents et ils diront qui peut l'emporter."  

La définition d'une primaire 

Xavier Bertrand a donc accepté de confronter son projet face à ceux des autres candidats LR (Valérie Pécresse, Michel Barnier, Éric Ciotti, Philippe Juvin) puis de se soumettre à un vote des militants qui désignera le candidat du parti à la présidentielle. C’est la définition même d’une primaire ! Une primaire fermée en l’occurrence, où seuls les militants peuvent voter, mais une primaire tout de même ! Et d’ailleurs, la contradiction est manifeste chez Xavier Bertrand dès lors que l’on ressort ses déclarations antérieures. Tenez, pas plus tard que lundi 4 octobre, pendant les matins présidentiels de franceinfo : il faisait parler les militants LR. "Eux, leur sentiment c'est : mettez vous d'accord mais ce n'est pas vous qui décidez à notre place. Mettez-vous d'accord et ensuite qu'il y ait un congrès où on dit clairement ça nous va oui ou non pour créer une dynamique."

Vous voyez qu’à l’époque, il était clair : il ne plaidait pas pour un affrontement des candidats devant les militants, mais pour une ratification pendant le congrès d’un choix négocié en amont : ça, pour le coup, ce n’est effectivement pas du tout du tout une primaire !  Bref, Xavier Bertrand s’en est sorti avec ce que l’on appelle un sophisme de division. Il s’est contenté de remplacer le concept de "primaire fermée" par celui de "vote en congrès". Sur le fond c’est exactement la même chose, mais sur la forme, les apparences sont sauves.

Une tactique politique 

On pourrait considérer que c’est de bonne guerre. Le problème, c’est que tout cela va de paire avec un changement du discours qu’il émet sur lui-même. "La solution de facilité c'était de faire cavalier seul, expliquait lundi soir sur TF1 Xavier Bertrand. Je n'ai pas voulu faire ce choix parce que dans mon ADN, il y a le rassemblement et il y a l'union. Y aller en solitaire, ça veut dire plus tard gouverner en solitaire, moi je ne veux pas pratiquer comme ça."

Bon, donc, la volonté de rassemblement et d’union, le refus de faire cavalier seul, la dénonciation de l’actuel président de la république qui exercerait le pouvoir en solitaire, tout ça, c’est une belle histoire. Le problème, c’est que ça n’est que cela : une histoire. Il y a quelques mois, le 17 juin, sur franceinfo Xavier Bertrand disait ceci : " L'état d'esprit qui est le mien est très clair. Une élection présidentielle c'est la rencontre d'un candidat et des Français.

"Si j'ai quitté Les Républicains, c'était mon parti et ça reste ma famille politique, ça n'est pas pour revenir dans un système."

Xavier Bertrand

sur franceinfo

"Je parle aux Français en disant voilà qui je suis, voilà ce que je propose, affirmait  le président de la région des Hauts-de-France. Et ce sera à vous de vous déterminer". 

A l’époque, Xavier Bertrand se présentait donc comme un homme épris de liberté, taraudé par l’envie de présenter sa vérité face aux français, en dehors des partis. Et il se servait justement de ce récit pour justifier son refus de participer à toute procédure interne des Républicains. On pourrait, à nouveau, plaider pour une sorte de droit à la tactique. Or, Xavier Bertrand ne cesse de se présenter comme un homme authentique. Il a fait de son image de sincérité l’un de ses arguments de campagne. La semaine dernière, il revendiquait même de ne plus avoir de conseiller en communication. On peut faire beaucoup de choses en politique. Mais revendiquer son authenticité tout en changeant de discours au gré des circonstances… C’est tout de même un peu fort de café ! 

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