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Marché noir, troc... le système D des Cubains pour faire face à la crise

Cuba traverse l’une des pires crises économiques de son histoire. Elle est aggravée par les sanctions américaines et le coronavirus. Face à ces difficultés, les Cubains s'organisent comme ils peuvent.

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Un homme transportant un matelas à la Havane (22 mars 2021).
Un homme transportant un matelas à la Havane (22 mars 2021). (YAMIL LAGE / AFP)

Cette crise est, entre autres, la conséquence du monopole de l’État quasi absolu sur l’économie. Dans ce contexte, les Cubains qui n’ont pas pour habitude de protester contre le gouvernement inventent des méthodes de survie. Le troc a fait son grand retour sur l’île ! À Cuba actuellement il est plus intéressant d’avoir certains produits que d’avoir de l’argent, certains habitants se sont donc mis à échanger tout et n’importe quoi, faute de trouver des aliments.

Sur place on peut troquer de la farine contre des préservatifs, du lait contre des couches ou du savon. Ce n’est pas nouveau car depuis les années 60 les Cubains reçoivent une certaine quantité de produits alimentaires ou d’hygiène à travers la libreta, le carnet de rationnement. Mais imposer des produits de consommation ne convient pas à la population qui a l’habitude de troquer et échanger le lait en poudre, le riz, les haricots secs pour ne citer que ces exemples. 

Le rôle des réseaux sociaux 

Grâce aux réseaux sociaux et à internet ces échanges sont devenus plus simples. Il existe à Cuba de nombreux groupes WhatsApp ou Telegram de troc mais aussi d’achat et de revente de produits et c’est donc sur ces réseaux que s’organise le marché noir.

La jeune Liset est inscrite à cinq groupes différents et elle fait presque tous ses achats ainsi. "Je préfère acheter un peu plus cher et grâce à internet à travers ces contacts je ne fais plus la queue. Franchement ça me sauve la vie. En gérant comme ça mes achats, je sais que je vais trouver ce que je cherche en une journée. Normalement ça me prendrait une semaine à faire la queue, précise la jeune fille. En fait je paye pour mon temps !" Ces petites illégalités représentent aussi le propre du système cubain.

Les carences de l'État

À force de vouloir contrôler toute l’économie, tout échappe à l’État. Le fait de vendre une grande majorité des denrées en dollars exclut une partie de la population de ce marché et les revendeurs du marché noir servent donc d’intermédiaires. Ce système D indique plus une défaillance de l’État qu’une merveille d’ingéniosité cubaine. Résultat, des tas d'initiatives et de négoce en tout genre fleurissent comme des loteries par exemple !

Ces illégalités sont dans le viseur des autorités qui essayent d’y mettre fin. Face à ce risque les revendeurs du marché noir augmentent aussi leurs prix alors que les Cubains souffrent déjà d’une forte inflation depuis l’unification monétaire et la grande réforme de l’économie en janvier dernier. Le marché noir ne fait que s’amplifier et se réinventer. Le jeune Alejandro qui en vit l'explique très bien. "C’est malheureux mais l’État ne nous fournit pas suffisamment de produits pour couvrir nos besoins donc on doit chercher d’autres voies. Bien sûr tout le monde a peur d’avoir des problèmes avec la justice mais qu’est-ce qu’on peut faire quand on est dans le besoin ? La nécessité l'oblige ! La peur ne te remplit pas l’estomac", conclut-il.

Un homme transportant un matelas à la Havane (22 mars 2021).
Un homme transportant un matelas à la Havane (22 mars 2021). (YAMIL LAGE / AFP)