La Turquie accusée de repousser violemment les Afghans à sa frontière avec l'Iran

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L’ONG Human Rights Watch fait état d’expulsions collectives et de migrants battus par des soldats turcs à la frontière entre la Turquie et l'Iran.

Article rédigé par
Anne Andlauer - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un migrant afghan attend des passeurs à l'est de la Turquie après avoir traversé à pied la frontière avec l'Iran, en août 2021. Photo d'illustration. (OZAN KOSE / AFP)

Pour les Afghans qui fuient le régime des talibans et veulent se rendre en Europe, la Turquie est souvent une étape obligée. Pour y entrer, ils doivent franchir à pied la frontière turco-iranienne. Une marche éprouvante mais qui n’est rien en comparaison de ce que leur infligent parfois les soldats turcs qui les interceptent selon Human Rights Watch qui rapporte des expulsions collectives et des migrants battus, parfois jusqu’à en avoir les membres fracturés. 

L’ONG a recueilli les témoignages de six Afghans qui ont subi ces violences ou en ont été témoins. Cinq d’entre eux se cachent aujourd’hui en Turquie, et presque tous affirment avoir tenté plusieurs passages. Ils décrivent des soldats turcs tirant des coups de feu au-dessus de leurs têtes pour les faire reculer. Deux hommes racontent avoir été battus par des soldats avec la crosse de leur arme. Ils affirment que d’autres hommes, couverts de sang, ont eu les jambes, les mains ou les bras cassés. Tous racontent des scènes d’expulsions de groupes entiers, de 50 à 300 personnes, avec parfois des familles séparées, y compris des enfants séparés de leurs parents.

"Les soldats turcs ont torturé les hommes"

Yasamin, une jeune Afghane qui a fui Kaboul, confirme les accusations portées par Human Rights Watch. Elle a quitté Kaboul le 17 août, deux jours après l’entrée des talibans dans la ville. Avec son frère de 18 ans, un an plus jeune qu’elle, elle a fui par la route, en taxi, via l’Iran. A environ vingt kilomètres de la frontière turque, elle et son frère ont intégré un groupe de 250 personnes que des passeurs ont guidé à travers la nuit et les montagnes qui séparent l’Iran de la Turquie.

Pour Yasamin, cette marche vers la frontière reste un souvenir très douloureux. "A la frontière, on s’est fait arrêter deux fois par les soldats. Les soldats turcs ont torturé les hommes, comme je suis une femme, ils ne m’ont rien fait. Ils n’ont rien fait non plus à mon petit frère, mais aux autres hommes qui étaient là, oui, beaucoup." Quand on lui demande ce qu’elle entend par "torture", Yasamin parle de coups portés au corps et à la tête, avec les poings, les pieds, les armes, pendant plus d’une demi-heure, de soldats qui criaient au groupe de migrants : "Retournez en Iran ! La Turquie, ce n’est pas chez vous !"

Des dizaines d'interpellations chaque jour 

Des faits que Human Rights Watch qualifie de "violations du droit international", notamment du principe de non-refoulement. En l’occurrence, refoulement vers l’Iran, qui continue de renvoyer les Afghans dans leur pays. Depuis le retour des talibans, la Turquie affirme avoir interrompu les expulsions vers l’Afghanistan.

Ce qui est sûr, c’est que des dizaines d’Afghans en situation irrégulière sont interpellés chaque jour en Turquie et envoyés dans un centre de rétention, qui est la dernière étape avant une expulsion. Yasamin, elle, vit aujourd’hui à Istanbul. Mais la jeune femme est très inquiète, elle sort le moins possible de peur d’être arrêtée. Depuis qu’ils ont quitté Kaboul en y laissant le reste de leur famille, Yasamin et son frère ne rêvent que d’une chose : poursuivre leur route vers l’Europe.

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