L’Irlande frappée de plein fouet par la crise des géants du numérique américains qui multiplient les licenciements express

Depuis quelques semaines, les licenciements se multiplient chez les géants du numérique en crise qui s’étaient installées à Dublin pour la fiscalité attractive. Or, si l’Irlande avait réussi à sortir quasiment indemne de la crise du Covid, c’était grâce aux impôts générés par ces multinationales.

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Le siège de Meta à Dublin en Irlande. La maison mère de Facebook a annoncé le licenciement de 400 salariés sur 3 000.
Le siège de Meta à Dublin en Irlande. La maison mère de Facebook a annoncé le licenciement de 400 salariés sur 3 000. (BRIAN LAWLESS / MAXPPP)

Il a fallu parfois passer jusqu’à neuf entretiens pour accéder à un poste chez les géants du numérique installés à Dublin en Irlande. Et moins de 30 minutes pour le perdre. Touchées par la crise, les entreprises tech américaines licencient à tour de bras. Par exemple, Stripe, installé dans la capitale, une entreprise de fintech californienne, élimine 14% de ses effectifs, soit environ 1 000 personnes. Un salarié a reçu un premier mail du PDG l’informant que le contexte macroéconomique de l’entreprise n’était plus favorable. Un deuxième mail, cette fois des ressources humaines arrive cinq minutes plus tard pour expliquer que son équipe risque d’être touchée. Et cinq minutes après, le mail de licenciement tombe. 

Un exemple parmi d'autres : Twitter se sépare de la moitié de ses salariés, Snapchat en élimine un sur cinq, Meta, la maison mère de Facebook, licencie 400 salariés sur 3 000…Et ce n’est que le début.

>> Meta licencie, les géants de la tech victimes du ralentissement économique

Une "caisse magique" qui n'est pas "éternelle"

Cette crise s’explique en partie par la chute des investissements à la bourse américaine mais aussi par le fait que ces groupes ont beaucoup embauché pendant la pandémie, trop parfois, alors que la croissance, elle, a ralenti. La crise est mondiale mais elle touche particulièrement l’Irlande puisque c’est le pays choisi par beaucoup de ces entreprises pour leur siège européen en raison de l’impôt particulièrement bas.

Et cette énorme restructuration n’est pas sans conséquences pour l’économie de l’île puisque le secteur de la tech représente 6% de l’emploi ici, c’est le plus fort taux dans l’Union européenne. Ces suppressions de poste pourraient coûter 10 milliards d'euros à l’Irlande.

"Ces multinationales étrangères du secteur de la tech représentaient 20% de notre impôt sur les sociétés alors ça va creuser un gros trou dans les finances irlandaises. Il sera difficile à combler."

Rory O'Farrell, économiste à l’université technologique de Dublin

à franceinfo 

"Ces emplois mieux payés ont explosé à partir des années 2008 et il y a eu énormément de recrutements pendant la pandémie de Covid, explique Rory O'Farrell, économiste à l’université technologique de Dublin. Maintenant, c’est l’inverse, je pense que c’est fini. On a eu un boom et il est passé. C’était des emplois bien payés donc on va perdre leur impôt sur le revenu. L’impôt sur les sociétés est aussi très important. Ça a été comme une caisse d’argent magique mais malheureusement elle n’est pas éternelle."

Pour amortir de futurs chocs et éviter d’augmenter les impôts, le ministère des Finances va transférer d'urgence six milliards d'euros dans un fonds de réserve. L’objectif est de réduire progressivement la dépendance à ces multinationales et de diversifier l’économie. Mais cette vague de licenciements pourrait en fait représenter une opportunité pour les entreprises de tech locales. L’incubateur de start-ups Dog Patch Labs affirme ouvertement que ces pertes d’emploi pourraient leur être... bénéfique, car, eux, ne subissent pas la crise parce qu’ils ne dépendent pas de la bourse américaine. Et désormais, des centaines de salariés très qualifiés se retrouvent sur le marché du travail.

Le siège de Meta à Dublin en Irlande. La maison mère de Facebook a annoncé le licenciement de 400 salariés sur 3 000.
Le siège de Meta à Dublin en Irlande. La maison mère de Facebook a annoncé le licenciement de 400 salariés sur 3 000. (BRIAN LAWLESS / MAXPPP)