En Suède, l'épineuse question des bébés chiliens adoptés pendant la dictature d'Augusto Pinochet

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L’adoption internationale a été utilisée comme une arme par Augusto Pinochet pour adoucir l’image du régime. Deux-mille-deux-cents bébés ont été adoptés en Suède, souvent littéralement volés à leurs parents biologiques.  

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Radio France
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Le drapeau suédois devant le Parlement suédois, le 16 avril 2020 à Stockholm. (JONATHAN NACKSTRAND / AFP)

La Suède est particulièrement concernée par le scandale des bébés volés à leurs parents biologiques et envoyés au Chili, à l'époque où le dictateur Augusto Pinochet, à la tête du pays, utilisait l’adoption internationale comme une arme pour adoucir l'image du pays. La Suède était alors le pays où l'adoption était la plus pratiquée au monde si l'on considère son nombre d'habitants. Deux-mille-deux-cents bébés sont ainsi venus du Chili. Ils sont aujourd’hui adultes, et depuis quelques années, grâce aux réseaux sociaux, ils ont pu retrouver leurs parents biologiques. 

Les parents ont souvent dû céder à des pressions

Il y a quelques jours, pour la première fois, des officiels chiliens étaient à Stockholm pour rencontrer ces enfants adoptés. Hanna est arrivée en 1994 en Suède. Pour elle, les premiers jours de sa vie étaient ceux racontés par les documents officiels transmis à ses parents adoptifs. "Je me sentais triste pour ma mère car il était écrit qu’elle ne pouvait pas s’occuper de moi, explique Hanna. Et il y avait aussi des histoires horribles sur mon père, comme quoi c’était une mauvaise personne." Après avoir retrouvé sa mère biologique sur Facebook, elle apprend la vérité.

"Je suis partie en voiture avec l'assistante sociale. Ma mère m'a cherchée partout. Elle est revenue à l'hôpital des Soeurs, à l'église, et tout le monde l'a rejetée.

Hanna

à franceinfo

"Cette assistante sociale est connue pour avoir volé beaucoup d’enfants", conclut Hanna. Il ne s’agit pas de cas isolés. Dans ces affaires, les mêmes noms d’assistantes sociales, d’avocats et de juges se répètent au fil des années. Pour ces adoptés, retrouver leurs parents biologiques reste une tâche ardue car l’identité qui apparaît sur les papiers officiels est souvent fausse ou tronquée. Et ces parents ont souvent dû céder à des pressions et des chantages comme ceux que nous a décrits Hanna. "On annonçait que le bébé était mort, indique-t-elle, ou bien qu’il était atteint d’une maladie grave et qu’il fallait le faire soigner à l’étranger.      

La position suédoise est très ambigüe. Le gouvernement a lancé fin 2021 une commission d’enquête, mais refuse de mettre en cause l’association suédoise Adoption centrum, qui aurait contribué à entretenir ce réseau corrompu au Chili. Les associations de victimes demandent qu’au moins tous les adoptés venus du Chili soient contactés et informés de l’existence de ces enquêtes.

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