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En Russie, l'humour sur les réseaux sociaux peut coûter cher

L'utilisatrice du réseau social russe VKontakte risque six ans de prison pour avoir critiqué la religion orthodoxe. Les cas de ce genre se multiplient. 

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Le stand du réseau social VKontakte lors d\'un forum à Saint-Pétersbourg le 24 mai 2018.
Le stand du réseau social VKontakte lors d'un forum à Saint-Pétersbourg le 24 mai 2018. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)

Il ne fait pas bon exprimer un humour décalé sur les réseaux sociaux en Russie.
À 3 000 kilomètres de Moscou, à Barnaoul en Sibérie occidentale, une étudiante de 23 ans, Maria Moutouznaïa, habituée du réseau social Vkontakte, défraie la chronique.

VKontakte ("en contact", en russe), le réseau social russe fondé en 2006, ressemble à s’y méprendre à son cousin américain Facebook, de deux ans son aîné. On peut y partager des photos, des contenus, communiquer avec ses contacts ou y écrire ses humeurs. Ses dirigeants sont des proches de Vladimir Poutine.

La jeune femme risque jusqu'à six ans de prison

Maria Moutouznaïa est accusée, selon la loi russe, d’avoir fait preuve dans deux de ses posts "d’extrémisme" et d’avoir manqué de respect envers la religion orthodoxe et ses dizaines de millions de croyants. Maria Moutouznaïa doit connaître mardi 28 août le jugement du tribunal de Barnaoul. Elle risque jusqu’à six ans d’emprisonnement pour avoir affiché sur sa page VKontakte la photo de jeunes femmes habillées en religieuses, en train de fumer à l’abris des regards, avec cette légende : "Vite, pendant que Dieu ne regarde pas".

Cela relève de l'insulte envers les sentiments des croyants, d'après la loi russe. Il est reproché également à cette jeune fille de 23 ans, d’avoir marqué "son extrémisme" en affichant également sur son compte une photo d’enfants africains tenant des bols vides, avec ce commentaire : "L’humour noir, c’est comme la nourriture, tout le monde n’en a pas".

De plus en plus de cas similaires

Les poursuites judiciaires, comme celles dont fait l’objet cette jeune femme ont tendance à se multiplier ces derniers mois en Russie. Cela fait partie de la panoplie utilisée par les pouvoirs publics pour contrôler notamment les contenus circulant sur les réseaux sociaux dans le pays. 

Entre 2016 et 2017, on est passé de 300 à 400 affaires similaires traitées par les tribunaux russes. La plupart du temps, les sanctions se transforment en amendes et en travaux d’intérêt général, mais la tendance est là.

Après la fermeture de la messagerie Telegram, officiellement pour lutter contre le terrorisme, la pression qui s’exerce sur les auteurs de contenus, en marge du politiquement correct, s’accentue, avec parfois des démarches judiciaires, censées défendre les valeurs piliers de l’identité russe, mais qui confinent à l’absurde. 

Le réseau social VKontakte réclame plus de clémence

Des poursuites officielles ont été engagées contre un étudiant de 19 ans, "coupable" d’avoir aimé une photo d’un héros de la série Game of Thrones avec ce commentaire : "John Snow est ressuscité. En vérité, il est ressuscité !". C'est la formulation utilisée par les croyants durant la Pâque orthodoxe. C'est à ce point absurde que l’oligarque, propriétaire du réseau VKontakte en personne, a demandé au Kremlin un assouplissement de la loi russe et la clémence des tribunaux pour celles et ceux qui ont été exagérément punis.

Depuis Barnaoul, Maria Moutouznaïa, elle, n’attendra pas jusque-là.  Elle a clairement laissé entendre que si elle était finalement acquittée, ce qui est très peu probable, du haut de ses 23 ans, elle prendrait son baluchon et quitterait la Russie.

Le stand du réseau social VKontakte lors d\'un forum à Saint-Pétersbourg le 24 mai 2018.
Le stand du réseau social VKontakte lors d'un forum à Saint-Pétersbourg le 24 mai 2018. (KIRILL KUDRYAVTSEV / AFP)