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En Pologne, les grand-mères manifestent aussi pour défendre le droit à l'avortement

Une décision du tribunal constitutionnel qui a interdit l’avortement en cas de grave malformation du foetus a déclenché une vague de manifestations en Pologne. Dans les rues de Varsovie, des jeunes mais aussi des grands-mères polonaises, venues soutenir leurs petits-enfants.

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Une marche pour protester contre les lois plus strictes sur l\'avortement en Pologne, organisée par Strajk Kobiet (Les femmes en grève) le 1er novembre 2020. Photo d\'illustration.
Une marche pour protester contre les lois plus strictes sur l'avortement en Pologne, organisée par Strajk Kobiet (Les femmes en grève) le 1er novembre 2020. Photo d'illustration. (KAMILA STEPIEN / LE PICTORIUM / MAXPPP)

Depuis près d’un mois maintenant, la Pologne est secouée par une vague de manifestations en faveur du droit à l’avortement, et contre un gouvernement jugé autoritaire. Tout est parti d’une décision du tribunal constitutionnel qui a interdit l’avortement en cas de grave malformation du foetus. Une des trois conditions pour lesquelles avorter était encore possible en Pologne. Dans les rues de Varsovie, beaucoup de jeunes en colère, mais pas seulement. Des grand-mères polonaises ont aussi décidé de montrer leur colère.

"Les grand-mères polonaises", c’est le nom de ce collectif qui regroupe des femmes entre 65 et 80 ans environ, et qui n’ont rien perdu de leur énergie. Elles manifestent depuis l’arrivée au pouvoir en 2015 du parti ultra-conservateur Droit et justice. Elles dénoncent des atteintes à l’indépendance de la justice et aux droits humains de la part du gouvernement. Et depuis un mois, c’est en faveur du droit à l’avortement que ces femmes se rassemblent.

Un décision vécue comme une régression du droit des femmes

Car la décision du tribunal est vécue comme une vraie régression pour ces grand-mères qui ont connu l’époque communiste. C'est le cas de Gosia, 77 ans, qui se souvient : "Pendant le communisme, l’avortement était autorisé dans toutes les situations. Moi-même j’ai été violée, et j’ai interrompu la grossesse sans difficulté. C’était une visite normale chez le médecin. Et aujourd’hui, ce serait plus difficile, il faudrait que j’aille avorter à l’étranger, et seulement si j’en ai les moyens..." Car aujourd’hui, si l’avortement est autorisé en cas de viol par exemple, ou de danger pour la vie de la femme, dans les faits, les médecins ont le droit de refuser en invoquant une clause de conscience. Et ces grands-mères polonaises comptent bien continuer à se battre pour leurs petits-enfants, malgré le Covid-19 et malgré les amendes infligées par les policiers, les rassemblements de plus de cinq personnes n’étant pas autorisés.

Pour ces grand-mères, il est important de montrer que la vieille génération n’est pas seulement très conservatrice et catholique. Mais le combat aujourd’hui est plus difficile, admet Iwona, 67 ans, qui est à la tête du mouvement des grands-mères polonaises. "À l’époque, nous avions seulement un ennemi, on était tous uni pour combattre le communisme vous savez. Il y avait une très forte solidarité, tourné vers un seul but, explique-t-elle. Maintenant, c’est différent. Il y a des divisions de partout, et on peut aussi le voir dans l’opposition politique." Ce qui n'empêchera pas les grands-mères polonaises de se rassembler à nouveau ce jeudi pour manifester. 

Une marche pour protester contre les lois plus strictes sur l\'avortement en Pologne, organisée par Strajk Kobiet (Les femmes en grève) le 1er novembre 2020. Photo d\'illustration.
Une marche pour protester contre les lois plus strictes sur l'avortement en Pologne, organisée par Strajk Kobiet (Les femmes en grève) le 1er novembre 2020. Photo d'illustration. (KAMILA STEPIEN / LE PICTORIUM / MAXPPP)