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En Inde, les nationalistes hindous veulent stopper le "jihad de l’amour"

Le gouvernement de l'Uttar Pradesh vient d'interdire les mariages interreligieux. Une façon détournée de cibler les musulmans.

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Des couples hindous et musulmans avant leur mariage, à Surat, en décembre 2018 (illustration).
Des couples hindous et musulmans avant leur mariage, à Surat, en décembre 2018 (illustration). (SAM PANTHAKY / AFP)

En Inde, l'État le plus peuplé du pays, l'Uttar Pradesh, est parti en guerre contre les mariages interreligieux. Son gouvernement, tenu par un moine hindouiste, a passé un décret il y a dix jours, qui punit de prison la conversion religieuse dans le cadre du mariage. Les nationalistes hindous affirment que les musulmans indiens essaient ainsi de convertir les femmes hindoues, ce qui n’a jamais été prouvé.

Depuis la publication de ce décret, la police a arrêté de nombreux musulmans en couple avec des hindoues : mercredi, la police de l’Uttar Pradesh a arrêté la cérémonie de mariage d’un couple hindou et musulman, samedi, un homme musulman venu enregistrer son mariage avec sa compagne hindoue a été arrêté, accusé de l’avoir convertie de force. Ce que la femme elle-même dément.

À chaque fois, la police invoque ce nouveau décret, qui punit de prison toute personne qui en convertit une autre par le mariage et impose un contrôle sévère sur les conversions des hindous. Les nationalistes hindous veulent ainsi stopper ce qu’ils appellent le "jihad de l’amour", un prétendu plan initié par les musulmans pour islamiser l’Inde en épousant des femmes hindoues.

Une politique pour diaboliser les Indiens musulmans

Le seul problème, c'est que rien ne prouve qu’un tel "jihad" existe. Cela ressemble plutôt à une théorie du complot. Les mariages interreligieux sont certes conflictuels en Inde, à cause de la défiance entre les deux communautés et les parents des couples s’opposent généralement à de tels mariages. Mais un tel jihad n’existe pas, selon l’agence antiterrorisme, qui a enquêté sur ces accusations.

L'État nous a retiré notre droit d’aimer.

Abiha, une habitante

à franceinfo

"Vous ne pouvez plus aimer quelqu’un librement", regrette Abiha, une jeune poète musulmane, qui vit dans cet État de l’Uttar Pradesh. "Maintenant, je devrais réfléchir 10 000 fois si j’ai le droit d’aimer une personne, car je devrais faire tellement d’efforts et au bout, notre sécurité sera menacée." La jeune femme est effrayée par les conséquences de ce décret : "Aujourd’hui, tout ce que nous faisons est appelé jihad : si nous donnons des organes, c’est le jihad des organes, si nous avons le coronavirus, c’est le corona jihad. C’est comme si les musulmans étaient considérés comme des terroristes, jusqu’à preuve du contraire."

D’autres États devraient adopter des lois similaires. Il s'agit de quatre grands États, dirigés par le parti nationaliste hindou du premier ministre. Cela montre que c’est une politique nationale, orchestrée par la direction du parti, pour diaboliser encore plus les hommes musulmans et les présenter comme les ennemis de l’intérieur aux yeux de leurs électeurs hindous.

Des couples hindous et musulmans avant leur mariage, à Surat, en décembre 2018 (illustration).
Des couples hindous et musulmans avant leur mariage, à Surat, en décembre 2018 (illustration). (SAM PANTHAKY / AFP)