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En direct du monde. En Egypte, le slogan du forum mondial de la jeunesse détourné sur Twitter en faveur de la liberté

En Egypte, le mot-clé #WeNeedToTalk ("Nous devons parler" en français), lancé pour le forum mondial de la jeunesse, est utilisé sur Twitter par les jeunes pour dénoncer les violations des droits de l'Homme et de la liberté d'expression. 

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François Hume-FerkatadjiRadio France

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Un des tweets détournant le mot dièse #WeNeedToTalk sur le réseau social Twitter.
Un des tweets détournant le mot dièse #WeNeedToTalk sur le réseau social Twitter. (TWITTER / FRANCEINFO)

L’Egypte va accueillir, du 4 au 10 novembre, le forum mondial de la jeunesse, à Charm el-Cheikh. Pour promouvoir ce rendez-vous et inciter les jeunes à s’investir, les organisateurs ont publié une vidéo et lancé le mot-dièse #WeNeedToTalk ("NousDevonsParler en français) sur le réseau social Twittter. Mais le hashtag a immédiatement été repris par de jeunes Égyptiens sur la toile pour parler des violations des droits de l’Homme et de la liberté d’expression ou des dizaines de milliers de prisonniers politiques, par exemple.

Le forum mondial de la jeunesse est largement annoncé en Egypte. L'événement, organisé "sous le patronage de son excellence le président Abdel Fattah el-Sissi" comme l'indiquent les gigantesques panneaux publicitaires au Caire, bénéficie d'une communication massive, à quelques mois de l'élection présidentielle et en pleine période de répression. Une vidéo de promotion a ainsi été détournée.

"#NousDevonsParler de la torture"

"Nous devons parler", dit cette vidéo, dont le slogan est répété à plusieurs reprises. La formule est vite devenue un trending topic sur Twitter, c'est-à-dire un des sujets les plus commentés sur le réseau social mais pas comme l’aurait souhaité le gouvernement égyptien. Des dizaines de photos de policiers brutalisant des citoyens, de prisonniers politiques, de fan de football réprimés ou de défenseurs des droits de l’Homme à qui l’on interdit de voyager, par exemple, ont été postées avec le hashtag #NousDevonsParler.

Ces publications sont généralement accompagnées de messages explicites : "#NousDevonsParler de la torture dans les commissariats et le manque de soin pour les prisonniers", "#NousDevonsParler du fait que nous n’ayons pas le droit de parler", "#NousDevonsParler du photojournaliste Shawkan, en prison depuis quatre ans sans avoir commis de crime"... Ce n’est pas la première fois que les stratégies de communication du gouvernement volent en éclat. Le ministère du Tourisme avait ainsi lancé en 2015 une grande campagne sous le nom de  #Ceci_Est_l'Egypte et le même phénomène de moquerie s’était rapidement produit. 

Macron et Sissi pointés du doigt sur la toile

La toile a aussi beaucoup réagi aux déclarations des présidents français et égyptien à la presse à l'occasion de la visite d'Abdel Fatah el-Sissi en France, le 24 octobre. Une des déclarations qui a indigné les internautes venait d'Emmanuel Macron. Au sujet des violations des droits fondamentaux en Égypte, le Président a dit ne pas vouloir "donner de leçons" et a mis en avant "le contexte sécuritaire" particulier en Egypte, reprenant ainsi les éléments de langage du régime égyptien. "On n'est pas là pour donner des leçons mais pour vendre des armes", a ainsi ironisé un jeune homme sur Facebook.

Globalement, les commentaires ont été souvent très sévères à l’égard de la France, dont la position est considérée comme honteuse. Le dessinateur Andeel a caricaturé le président français avec une liasse de billet plein la bouche, aux côtés du président Egyptien qui s’empiffre d’avions de chasse Rafale. 

Ce sont surtout les arguments du président égyptien qui ont créé l’indignation. "Nous ne sommes pas en Europe, avec sa culture, sa civilisation, son avancement intellectuel. Nous sommes dans une région différente", a-t-il dit pour justifier une conception des droits de l’Homme différente. Beaucoup ont qualifié ces propos d’insultants voir racistes.

Un des tweets détournant le mot dièse #WeNeedToTalk sur le réseau social Twitter.
Un des tweets détournant le mot dièse #WeNeedToTalk sur le réseau social Twitter. (TWITTER / FRANCEINFO)