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En direct du monde. En Centrafrique, la capoeira pour renouer les liens entre chrétiens et musulmans

Des jeunes en Centrafrique donnent des cours de capoeira aux habitants de Centrafrique. Leur projet est ambitieux : ils veulent réconcilier les communautés religieuses opposées par la guerre et la violence qui frappent le pays depuis plusieurs années.

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Des jeunes centrafricains suivent des cours de capoeira à Bangui, tous les dimanches, comme le 1er juillet dernier.
Des jeunes centrafricains suivent des cours de capoeira à Bangui, tous les dimanches, comme le 1er juillet dernier. (CHARLES BOUESSEL / AFP)

Cinq jeunes Centrafricains (Christian, Vicky, Vital, Jephte et Mexent) ont eu un projet qui semble ambitieux à Bangui, dans la capitale centrafricaine. Celui de fonder un groupe de capoeira.

Tout commence en 2013. Pour échapper à guerre qui fait rage en Centrafrique, ces jeunes fuient en République Démocratique du Congo. Ils se rencontrent dans un des nombreux camps de réfugiés du pays, comme l'explique Christian : "Début 2013, c'est dans un camp que j'ai appris la capoeira avec mes quatre amis." 

Puis, en 2015, il revient dans son pays d'origine. C'est là qu'il se dit que "si la capoeira a fini par faire cohabiter les autochtones et les réfugiés, pourquoi ne pas faire cohabiter les huit arrondissements de Bangui ?", explique-t-il.

Apprendre le respect de l'autre

À leur retour, entre 2015 et 2016, ils importent donc cet art martial en République centrafricaine. Aujourd'hui ce sont environ 300 enfants dans la capitale qui suivent les entraînements. Plus que pratiquer un sport, ce groupe de capoeiristes diffusent surtout une éducation non-violente et un message de cohésion sociale à travers cette discipline. 

Pour cela, ils ont d'ailleurs instauré un rituel. À chaque début et à chaque fin de cours, ils répètent la devise "Capoeira, Centrafrique pour la paix, la cohabitation, l'amour, le respect de l'autre et la maîtrise de soi". Car dans ce pays où menace un nouvel embrasement, la capoeira est bien plus qu'un loisir, elle est une "respiration" selon l'expression de Christian.

L'éducation des enfants minée par les tensions culturelles

"À la maison, on dit (aux jeunes) 'qu'il ne faut pas jouer avec un enfant de musulman. Parce que ce sont eux qui nous ont tué ou fait ceci ou cela'. Et aux musulmans, on dit 'qu'il ne faut pas aller vers les chrétiens car ils vont les tuer, qu'ils ne les aiment pas'", témoigne le jeune homme. Les cours de capoeira leur apprennent en revanche "la cohabitation et l'amour des autres".

C'est une réussite pour leur professeur Christian qui a la "satisfaction" de voir que parmi tous ces jeunes "il y a plein de musulmans et de chrétiens qui ne savent pas qui est qui" et qui s'y rendent en disant "qu'ils vont voir leurs amis capoeiristes"Ces enfants viennent de tous les horizons. Christian et ses copains enseignent notamment dans un grand orphelinat de la capitale. "Pour nous, c'est la philosophie, l'unité que l'art martial crée", se félicite l'un des cinq amis. 

Un retour aux origines africaines

La capoeira en Afrique est en quelque sorte un retour aux sources pour ses adeptes comme pour Jephte. Ce jeune animateur de capoeira en est convaincu, le retour de cette discipline sur le continent est logique, naturel. La capoeira trouverait ses "racines en Afrique" et a participé à la lutte des peuples contre l'esclavage au temps où "les colons blancs sont venus".  

Les jeunes Centrafricains veulent envoyer un message à la princesse Caroline de Monaco, qui fut leur marraine lorsqu'ils étaient réfugiés en République démocratique du Congo. Elle leur avait délivré des diplômes et des médailles. Ils veulent lui dire qu'ils sont fiers désormais de militer pacifiquement dans leur pays mais ils rappellent que le combat pour la paix n'est malheureusement pas fini.

Des jeunes centrafricains suivent des cours de capoeira à Bangui, tous les dimanches, comme le 1er juillet dernier.
Des jeunes centrafricains suivent des cours de capoeira à Bangui, tous les dimanches, comme le 1er juillet dernier. (CHARLES BOUESSEL / AFP)