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En direct du monde. En Belgique, les Flamands séparatistes craignent la force fédératrice du football

L'heure est à l'unité derrière les Diables rouges en Belgique : la Coupe du monde permet en effet au pays de dépasser ses clivages historiques. Mais cette puissance du ballon rond fait craindre aux séparatistes un regain du sentiment patriotique. 

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Les supporters belges font front commun derrière leur équipe des Diables Rouges, à Tournai, le 2 août 2018.
Les supporters belges font front commun derrière leur équipe des Diables Rouges, à Tournai, le 2 août 2018. (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Les Diables rouges sont-ils aussi populaires chez eux que peuvent l'être les Bleus en France ? La victoire de la Belgique en huitièmes de finale contre le Japon avec sa spectaculaire remontada et surtout la victoire contre le Brésil en quarts de finale ont bel et bien réveillé la ferveur des supporteurs. Mais aussi celle d'un peuple uni derrière son équipe nationale. Cette unité n'est pas anodine dans un pays traditionnellement divisé entre ses communautés néerlandophones (les Flamands) et francophones (les Wallons). Il faut dire que les séparatistes flamands font profil bas : les frémissements patriotiques du Mondial ne font pas vraiment leurs affaires. 

L’Alliance néo-flamande (la N-VA), dont le chef de file est l’Anversois Bart De Wever, est le parti le mieux représenté depuis huit ans à la chambre des représentants, la chambre basse du Parlement belge. Ses succès électoraux répétés font aujourd’hui de la N-VA le pivot du gouvernement fédéral belge, mais l'ADN du parti en fait bien toujours une force centrifuge.

Crainte d'un regain patriotique en Flandre

Pour l’instant, la N-VA se satisfait d’être en position de force à l’échelon fédéral, mais la ferveur populaire autour des Diables rouges la gêne aux entournures. Tout le problème est qu’il s’agit de l’équipe nationale, et que le mot "national' est honni par les séparatistes flamands qui voient d’un mauvais œil fleurir en Flandre les drapeaux tricolores noir-jaune-rouge. Leur fief anversois n'est pas épargné : il pavoise depuis vendredi soir aux trois couleurs du royaume. 

Les séparatistes flamands craignent en effet un regain patriotique autour de l’équipe nationale, qui leur ferait perdre des plumes dans les urnes aux prochains rendez-vous électoraux que  sont les municipales en octobre et les législatives l'an prochain. 

À Anvers, par exemple, la majorité des séparatistes est courte. La consigne à la N-VA semble donc être d’en faire le moins possible. Lors de l’Euro 2016, les mandataires du parti avaient ainsi eu comme mot d’ordre de ne pas communiquer autour de l’équipe nationale. Ils avaient reçu pour consigne de répondre à toutes les questions que "les Diables rouges s’en sortaient bien".

Un soutien minimal des Diables rouges 

En 2015, le refus des parlementaires N-VA d’applaudir à la chambre avec les autres députés la première place de la Belgique au classement de la FIFA avait fait un peu trop de bruit aux yeux de la direction du parti.

Cette fois-ci, le parti se contente de soutenir les Diables rouges du bout des lèvres. Le sulfureux secrétaire d’État à l’asile, Théo Francken, a posté sur les réseaux sociaux un montage avec le Manneken-Pis, symbole de Bruxelles, en train de se soulager sur Neymar.

Une manière d'assurer le service minimum pour ainsi éviter de donner l’impression de ne pas s’intéresser à une Coupe du monde qui passionne tous les électeurs, tout en évitant d’alimenter ce qu’on appelle ici l’élan  "belgicain".

Les supporters belges font front commun derrière leur équipe des Diables Rouges, à Tournai, le 2 août 2018.
Les supporters belges font front commun derrière leur équipe des Diables Rouges, à Tournai, le 2 août 2018. (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)