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En direct du monde. À Lesbos, en Grèce, des milliers de réfugiés bloqués sur l'île dans des conditions terribles

L'un des camp de Moria, sur l'île de Lesbos, accueille cinq fois plus de personnes que sa capacité prévue, dans des conditions très difficiles. 

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Le camp de réfugiés de Moria sur l\'île de Lesbos en Grèce, en septembre 2018. 
Le camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos en Grèce, en septembre 2018.  (SOELVI IREN WESSEL-BERG / AFP)

Prévu pour 1 500 personnes, le camp de Moria, à Lesbos (Grèce), en accueille cinq fois plus. 2 000 vivent d'ailleurs à la périphérie, dans des oliveraies, dans la boue, sous des bâches qui laissent entrer la pluie. Les couvertures sont mouillées, le froid constant, il glace les os et les enfants. Certains d'entre eux sont continuellement malades. Des conteneurs sont empilés deux par deux, les uns sur les autres.

Les migrants parlent de rats qui les attaquent la nuit, mais le pire ce sont les maladies mentales qui se multiplient. Selon Médecins Sans Frontières, les occupants du camp font au mieux des cauchemars, au pire des tentatives de suicide ou des dépressions et, parfois, ils s’automutilent. Même les enfants perdent le goût de vivre.

"Ils sont tous devenus fous"

"Il y a à Moria quatre professeurs d’université, raconte Rhemet Doulahan, un réfugié pakistanais surnommé le Robin des bois du camp car il vient en aide à tout le monde. Ils sont ici depuis trois ans et maintenant ils sont tous devenus fous. Ils tournent en rond dans le camp toute la journée. Ils ne sont ni expulsés, ni soignés. C’est nous qui devons leur enlever leurs vêtements sales pour les mettre sous la douche. C’est nous qui les changeons"

Moria est un enfer bien spécifique mais on retrouve des situations comparables dans tous les camps surpeuplés des îles de mer Egée, comme ceux de Chios ou Samos. Ce qui pousse à la folie, c’est, pour les migrants, l’incertitude sur l'avenir, des mois, des années durant. Dans les petites structures qui ne sont pas surpeuplées comme le camp de Kara Tepe, à Lesbos également, on ne constate pas ces dérives. 

Le gouvernement grec a envoyé sur le continent plus de 10 000 migrants afin de désengorger Moria. Mais dans le même temps, 12 500 autres sont arrivés depuis la Turquie par la mer Egée, 2 500 rien que sur le mois de septembre. Des arrivées qui, même si elles ont baissé par rapport au pic migratoire de 2015, n’ont en fait jamais cessé. Et repartent maintenant de plus belle. C’est pour cela que la Grèce réclame une nouvelle politique migratoire européenne. Une rencontre entre les ministres grecs et turcs sur la question est prévue en janvier prochain.

Le camp de réfugiés de Moria sur l\'île de Lesbos en Grèce, en septembre 2018. 
Le camp de réfugiés de Moria sur l'île de Lesbos en Grèce, en septembre 2018.  (SOELVI IREN WESSEL-BERG / AFP)