En direct du monde, France info

En Corée du Nord, les sanctions de l'ONU ralentissent l'aide humanitaire

L'envoi de matériel est soumis à des exemptions, et le travail des ONG sur place est devenu difficile depuis le renforcements des sanctions. 10 millions de Nord-Coréens ont besoin de cette aide. 

--'--
--'--
Copié dans le presse-papier !
Un homme avec ses chèvres à Chongsu, au Nord de Pyongan en mars 2017.
Un homme avec ses chèvres à Chongsu, au Nord de Pyongan en mars 2017. (MAXPPP)

C’est une situation paradoxale : en dépit de la détente initiée cette année entre les deux Corées, les organisations humanitaires internationales présentes à Pyongyang ont de plus en plus de difficultés à faire parvenir leur aide à la population nord-coréenne. Les rares ONG européennes qui continuent de travailler en Corée du Nord tirent la sonnette d’alarme.

L'envoi d'assistance est d'autant plus difficile que les sanctions internationales ont été renforcées l’année dernière, à la suite d’une série d’essais balistiques et nucléaires nord-coréens. Le problème, c’est que ces sanctions compliquent beaucoup l’importation de matériel humanitaire.

Triangle Génération humanitaire, une ONG française qui mène plusieurs projets en Corée du Nord, s'y est confrontée lorsqu'il a fallu tenter de réparer des serres effondrées en avril. "On aurait bien aimé fournir du matériel pour la reconstruction de ces serres en urgence, explique Coralie Bouloiseau, chef de mission de l’ONG à Pyongyang. Mais nous avons dû passer par le processus d'exemption, ce qui a fait arriver ce matériel la semaine dernière seulement. Cela représente une perte assez significative de production pour la ferme, et donc d'apport de légumes dans l'assiette des enfants depuis huit mois, qu'on pourrait estimer à plus de vingt tonnes."

Des exemptions difficiles à obtenir

Les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité de l’ONU prévoient pourtant des exemptions pour l’aide humanitaire. Mais en pratique ces exemptions sont très difficiles à obtenir. Les États-Unis notamment sont accusés de chercher à bloquer l’action humanitaire pour faire pression sur le régime. "Nous avons essayé d'importer des machines de transformation du lait pour améliorer la nutrition des enfants, détaille Laurent de Ruyt, chef de mission à Pyongyang pour Première Urgence Internationale. Or ces machines sont interdites à l'importation. Tout ce qui contient du métal est interdit à l'importation vers la Corée du Nord. Nous avons donc dû demander une autorisation explicite au Comité des sanctions, un organe du Conseil de sécurité de l'ONU. Cette demande s'est fait via la France qui nous a beaucoup soutenu dans ce processus, mais c'est un processus qui au final aura pris plus de six mois alors que normalement ça devrait se faire en un mois." L’ONG française Première urgence internationale est l’une des rares à avoir obtenu une exemption cette année.

Tous les projets humanitaires prennent donc du retard, alors que les besoins restent très élevés. Selon le dernier rapport de l’ONU, près de 10 millions de Nord-Coréens – soit 40% de la population – ont besoin d’aide, notamment en termes de nourriture, de soins de santé, ou simplement d’accès à de l’eau potable.

Cette année, Save the Children, l’une des six ONG européennes encore présentes en Corée du Nord de façon permanente, a dû partir, faute d’avoir obtenu les exemptions nécessaires pour continuer son travail.

Un homme avec ses chèvres à Chongsu, au Nord de Pyongan en mars 2017.
Un homme avec ses chèvres à Chongsu, au Nord de Pyongan en mars 2017. (MAXPPP)