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Au Venezuela, l'opposition appelle à manifester contre les coupures de courant géantes

À Caracas, les coupures se multiplient ces dernières semaines et laissent planer la menace d’un nouveau blackout national.

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Des habitants de Caracas plongés dans le noir en raison de pannes de courant, le 8 mars 2019.
Des habitants de Caracas plongés dans le noir en raison de pannes de courant, le 8 mars 2019. (RAYNER PENA / MAXPPP)

Au Venezuela, l’opposition convoque une manifestation à Caracas jeudi 24 octobre contre la crise électrique. Un peu plus de six mois après les grandes coupures qui ont paralysé le pays plusieurs jours, l’électricité va et vient. Le gouvernement, qui assure être victime d’une "guerre électrique" menée par les États-Unis, régule l’électricité via un rationnement forcé qui affectait jusqu’ici essentiellement l’intérieur du pays. Mais à Caracas, les coupures sont de plus en plus courantes et font redouter un nouveau blackout. 

Des coupures de courant aléatoires 

Il ne passe plus un jour en effet sans qu’un quartier ne se plaigne d’une coupure électrique. Mais ces coupures tombent au hasard, ne sont jamais prévues à l’avance, et agacent les habitants de la capitale comme Beatriz, une mère de famille d’un quartier de classe moyenne. "Il y en a presque tout le temps. Ça dure deux, trois heures, parfois six heures sans électricité. Ça abîme l’électro-ménager : le micro-onde, le réfrigérateur, la clim, la télévision… Ça coupe le téléphone, on ne peut plus communiquer. Il se dit que la prochaine grande coupure durera très longtemps. Difficile de distinguer le vrai du faux…"

Un rationnement dû à des centrales en panne depuis des mois

On s’est rendu compte au moment des grandes coupures du printemps qu’il y avait un déficit d’au moins 30% de l’offre électrique par rapport aux besoins de la population. Selon le chercheur Victor Poleo, ancien vice-ministre du secteur électrique, c’est parce que seules les centrales hydroélectriques du Sud-Est fonctionnent encore. Les centrales thermoélectriques du Nord sont en panne sèche depuis des mois. "La première raison, explique Victor Poleo, c’est le délabrement des installations, elles ne sont plus entretenues. La deuxième raison, c’est que les combustibles thermoélectriques sont fournis par l’industrie pétrolière, elle aussi en ruine. Donc nous ne produisons plus suffisamment d’essence, de gazole et il n’y a pas de gaz naturel. Et ce sont les trois combustibles qui alimentent les centrales thermoélectriques."  Résultat, tout pèse sur la production hydroélectrique qui sature.

La capitale épargnée jusqu'ici

Selon Victor Poleo, le gouvernement a préféré jusqu’ici épargner au maximum la capitale pour calmer la colère sociale et sauvegarder ses institutions. Mais aujourd’hui, il n’en serait plus capable. "D’abord parce que le système se dégrade de jour en jour. Ensuite parce qu’il est impossible du point de vue électrique de synchroniser les machines hydroélectriques avec la demande qui fluctue. Ils opèrent avec l’immense peur que le système tombe à nouveau. Pour éviter cela, ils réduisent sans cesse la charge électrique."
 
En clair, cela revient à sacrifier des quartiers de la capitale comme ils ont sacrifié jusqu’ici des villes entières pour éviter que tout le système électrique du pays ne saute à nouveau.

Des habitants de Caracas plongés dans le noir en raison de pannes de courant, le 8 mars 2019.
Des habitants de Caracas plongés dans le noir en raison de pannes de courant, le 8 mars 2019. (RAYNER PENA / MAXPPP)