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Méru, ville sous surveillance

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Toute cette semaine France Info fait étape dans une des 15 zones désignées "zones de sécurité prioritaire" cet été par le gouvernement Ayrault : Méru, dans l'Oise. Méru est à 52 kilomètres au nord de Paris, en zone gendarmerie. S'il y a une dizaine d'années, des violences ont marqué l'un des quartiers de la commune, aujourd'hui elle semble plus calme. Faut-il y voir un lien ? Cette petite ville UMP a aujourd'hui une particularité : un nombre élevé de caméras de vidéosurveillance, 52 pour seulement 13.000 habitants.
Article rédigé par
Radio France
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Lorsqu'
on arrive à Méru en train, on découvre une très petite gare. Elle ne compte pas
plus de trois voies, un guichet, un distributeur de friandises et quelques
bancs. On y dénombre en revanche 16 caméras de vidéosurveillance. Elles ont été
installées l'an passé après l'agression d'un contrôleur SNCF.  Il faut y ajouter les 38 caméras disposées un
peu partout dans la ville. Des panneaux préviennent en plusieurs
endroits : "ville sous vidéosurveillance".

"Je trouve ça bien ce dispositif. De toute façon, si on a rien à se reprocher,
il n'y a pas de problème avec ces caméras"
, commente Christelle, la
trentaine, à la sortie de la gare. "Si ça permet de dissuader les
délinquants ou de les interpeller, alors il en faudrait même plus, surtout dans
le centre ville"
, ajoutent Philippe et Leila.

La
municipalité de Méru - qui ne compte pas plus de 13 000 habitants - a
dépensé 500.000 euros pour mettre en place toutes ces caméras de
vidéosurveillance. Cela, sans compter les salaires des six agents qui se
relaient pour visionner sept jours sur sept, jour et nuit, les images et au
besoin alerter les policiers municipaux ou les gendarmes.

Une technologie dernier cri

Les
52 caméras de la ville sont reliées par fibre optique au CSU, le centre de
surveillance urbaine où l'on découvre une technologie dernier cri, avec un mur
d'écrans comportant 52 images en couleur et de qualité. Des images sur
lesquelles un agent communal  navigue
donc en permanence grâce à un joystick.

"On peut déplacer la caméra,
zoomer pour mieux voir un angle ou préciser quelque chose dans la gare, les
parcs, les rues, les terrains de sport, les services techniques...C'est un bel
outil qui a par exemple permis d'empêcher il y a un an une rixe entre deux
bandes rivales. On peut donc voir les images en direct, mais aussi ensuite
rembobiner pour aider à une enquête des gendarmes par exemple !"
, explique
Jean-Michel Bisson, responsable de la police municipale.

"Ici c'est Loft Story" (un habitant)

À
Méru, on compte plus d'une caméra de vidéosurveillance pour 250 habitants.  C'est une proportion deux fois plus
importante qu'à Nice ville pourtant réputée en la matière. Le maire de Méru,
Yves Leblanc, n'avance pas de chiffres d'interpellations réussies grâce à ces
caméras mais parle d'une vraie efficacité. "La vidéo surveillance
permet de dissuader les délinquants de passer à l'acte. S'ils passent quand
même à l'acte, cela peut permettre de les interpeller plus rapidement. Cela
peut également aider à fournir des preuves au cours d'une enquête. C'est donc
une triple efficacité. Alors, oui ça nous a coûté cher, mais ça valait vraiment
le coup. Il n'est plus question de revenir en arrière aujourd'hui",
 commente l'élu.

Et
pourtant la vidéosurveillance ne fait pas 
l'unanimité. Youssouf habite Méru il a 27 ans et lui n'hésite pas à dire
que sa ville est devenue au fil des dernières années comme un plateau de télé
réalité. "C'est loft story 365 jours par an ici. On se sent espionnés,
c'est étouffant toutes ces caméras. Et puis l'argent que ça a coûté, on aurait
pu le consacrer plutôt à des actions en faveur des enfants de la commune, pour
les emmener en voyage par exemple"
, s'agace-t-il.

Le
maire se veut rassurant. Il rappelle que les caméras ne permettent pas de
zoomer sur les fenêtres des particuliers qui sont "floutées". Il
dit aussi qu'il  ne compte plus rajouter
que deux ou trois caméras dans la ville ces 
prochains mois.

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