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Cinéma week-end. "Ema" portrait d'une génération en feu

Dans "Ema", le réalisateur chilien Pablo Larrain dessine une héroïne incendiaire, égérie de la jeunesse d'aujourd'hui.

Article rédigé par franceinfo ­, Thierry Fiorile
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Mariana Di Girolamo dans "Ema" (Potemkine films)

Le cinéaste chilien Pablo Larrain, 44 ans, a beaucoup filmé l'histoire violente du XXe siècle, Santiago 73, No, Jackie, Neruda. Dans Ema, il se tourne vers la génération née au début du XXe siècle, celle qui hérite d'un monde abîmé, sans utopie, et dont on a du mal à percevoir si elle maîtrise ou subit la révolution numérique. Une génération qui bouscule la notion de genre et qui trouve avec le personnage d'Ema, jeune femme impassible, au regard aussi mystérieux que ses cheveux sont peroxydés, une égérie contemporaine.    

Pour cette génération la danse est un acte politique.

Pablo Larrain

Ema, Mariana Di Girolamo, une découverte, est danseuse contemporaine, elle vit avec Gaston, Gael Garcia Bernal, son chorégraphe, plus âgé qu'elle. Ensemble ils ont adopté un garçon qu'ils ont dû rendre aux services sociaux, après un épisode violent, mais Ema se bat pour effacer sa faute.

Pablo Larrain filme dans la ville de Valparaiso des scènes de danse très sexuées, sur fond de reggaeton dont une bande de filles retournent les codes machistes. Ema est une expérience, organique, qui laisse une belle place au spectateur pour mieux comprendre cette génération, celle qui est descendue dans la rue au Chili, l'année dernière, et pour laquelle la danse est bien plus qu'une discipline artistique.    

L’ Antigone très contemporaine de la québécoise Sophie Deraspe  

Adaptée des milliers de fois au théâtre, le classique de Sophocle, chef-d'œuvre de la Grèce antique, arrive enfin sur grand écran. Dans une famille algérienne émigrée au Québec qui a fui la guerre civile, Antigone est une adolescente épanouie, quand survient la tragédie, la mort de son frère Etéocle, tué ici lors d'une bavure policière.

C'est réconfortant qu'Antigone ait existé à l'époque, et qu'elle soit encore pertinente aujourd'hui.

Sophie Deraspe

Sophie Deraspe prend quelques libertés avec le texte de Sophocle, le chœur antique s'exprime sur les réseaux sociaux, l'oracle apparaît sous les traits d'une psychiatre aveugle, mais son Antigone, la lumineuse Nahema Ricci porte le combat radical pour son autre frère, Polynice, au nom de l'amour, dans notre époque avec son lot d'injustices. La réalisatrice tenait à garder les noms de la tragédie grecque.

Séance de rattrapage pour un film sorti la semaine dernière  

Dans un jardin qu'on dirait éternel, du japonais Tatsuhi Omori. Pendant une vingtaine d'années on suit Noriko, jeune femme doutant de son avenir, qui débute le long apprentissage de la cérémonie du thé. Elle s'initie auprès de Madame Takeda, à l'apparence austère, et prend goût à l'exécution de ces gestes ancestraux, millimétrés, qui disent l'éphémère de la vie, son éternel recommencement, chaque journée est unique, même si elle ressemble à la précédente.

Nul besoin d'aimer le thé pour succomber au charme de ce film subtil, aussi délicat et chargé de sens que la chorégraphie de ce cérémonial qui traverse le temps.                                            

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