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Des DRH pour les détenus

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La Loi pénitentiaire de 2009 le rappelle : tout détenu qui le veut doit avoir accès à un emploi. Et comme chacun l'a souligné, aujourd'hui, à la Chancellerie, c'est loin d'être le cas. L'association J2C (Justice Deuxième chance) est là pour promouvoir l'insertion par le travail. Elle demande au Medef et à Pôle Emploi d'agir. Pour Robert Badinter, un réseau de DRH serait une idée.
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Radio France
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 (Robert Badinter à son domicile (illustration) © Maxppp)

"Un ancien détenu doit devenir un nouveau salarié ". Cette phrase est de la contrôleure générale des lieux de privation de liberté. Adeline Hazan a insisté sur cette obligation de réinsertion par le travail, qui revient notamment à l'Administration pénitentiaire. "Pourtant, à l'intérieur de la prison, la question de l'emploi n'est actuellement pas assurée ". Le constat est lourd, ancien, et constant. Devant un parterre de spécialistes de la réinsertion des prisonniers, sous les lambris du ministère de la Justice, la présence du Directeur général du Medef paraît presque ovniesque. Tout comme celle de Pôle Emploi.

Le droit du travail inexistant en prison

Chacun s'en réjouit et attend beaucoup de ces interlocuteurs du monde économique. Pour le magistrat Serge Portelli, baroudeur des questions pénitentiaires : "jamais ce genre de séminaire n'aurait pu avoir lieu, en d'autres temps.. .". C'est déjà ça. Mais... un grand patron va venir remuer ces satisfécits. C'est Louis Gallois, actuellement à la tête de la Fnars (Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale). Il n'y va pas pas quatre chemins. "Le droit du travail ne peut pas s'appliquer en prison. Il n'y existe pas ".

Trop faibles rémunérations des détenus

Soit. Il poursuit. Insiste. Et dénonce les trop faibles rémunérations des détenus qui travaillent. Ils touchent environ 45% du Smic. Le Medef, entend. Mais... il y ce que l'on appelle les "décrocheurs", ceux qui sont coupés depuis bien longtemps du monde du travail. Et puis, il y a la crise économique, sans précédent. Et puis, il ne faudrait pas contraindre les employeurs à embaucher des détenus. La pression serait trop lourde, "ils se sentiraient responsables". Donc ? Donc, tenir bon, et ne rien lâcher.

Créer un réseau de DRH

Ce mot de la fin viendra d'un grand homme. Son bâton de pèlerin à la main. Inlassablement. Robert Badinter enjoint tout le monde de ne pas laisser ces hommes et femmes dans la solitude, une fois sortis de prison. L'ancien garde des Sceaux, le sage du monde judiciaire et pénal, évoque par ailleurs, une idée : créer un réseau de DRH, qui permettrait de tisser des liens, avant la sortie de prison. A méditer... "Moi je suis un mammouth ", lance Robert Badinter. "Eh bien, je sais, qu'on a pas le choix. Que la dignité humaine doit rester le choix. C'est un principe éthique ".

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