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Le "Binge Drinking" pourrait constituer une première étape vers la dépendance à l'alcool

Les jeunes sont de plus en plus adeptes de soirées fortement alcoolisées, les "Binge Drinking", qui conduisent à une ivresse excessive en très peu de temps. Gare aux conséquences sur la santé, et notamment sur le cerveau.
Article rédigé par France Info - Géraldine Zamansky
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Le "Binge Drinking", qui consiste à boire rapidement jusqu'à l'ivresse, pourrait être la première étape d'une dépendance à l'alcool. (NICOLAS KOVARIK / MAXPPP)

Boire, beaucoup, très vite pour atteindre l’ivresse expresse. Tel est, malheureusement, le programme de nombreux ados ou jeunes adultes pour des soirées "Binge Drinking". Géraldine Zamansky, journaliste au Magazine de la Santé sur France 5, a rencontré des chercheurs qui étudient certaines conséquences de cette alcoolisation massive.

franceinfo : Comment ces chercheurs ont-ils procédé ?

Géraldine Zamansky : C’est une équipe européenne qui a suivi pendant plusieurs mois 71 jeunes Irlandais, âgés de 18 à 24 ans, pour évaluer - au-delà des risques immédiats comme le coma - les effets de cette ivresse expresse. La définition du "Binge Drinking", un phénomène né chez nos voisins anglo-saxons, est le fait de boire en une seule soirée au moins 6 verres d’alcool. Carina Carbia Sinde, neuropsychologue à l’Université Catholique de Louvain, m’a raconté comment ces 71 volontaires ont non seulement accepté de dire à quelle fréquence cela leur arrivait, mais aussi de passer plusieurs tests psychologiques, de donner du sang et des selles : ces dernières contiennent un échantillon de la fameuse flore intestinale, également appelée microbiote, située dans la dernière partie de notre tube digestif. De nombreuses découvertes ont déjà montré d’importantes interactions de cette flore intestinale avec le cerveau, au point que certains parlent d’un deuxième cerveau.

Quels sont les effets de l’alcoolisation massive sur l’équilibre de ce deuxième cerveau ?

Plus les volontaires sont adeptes de l’ivresse expresse, plus leur microbiote est abimé. Et ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que certains déséquilibres identifiés ont déjà été observés chez des personnes dépendantes à l’alcool. Surtout, Carina Carbia Sinde explique qu’en parallèle de cette atteinte, les jeunes ressentent plus souvent l’envie urgente de boire. Les tests montrent aussi que le fonctionnement du cerveau est modifié, plus lent dans certaines tâches, par exemple.

Ces soirées ultra-alcoolisées pourraient donc constituer la première étape d’une véritable dépendance à l'acool ?

Exactement, ce risque est déjà connu mais pas encore entièrement expliqué. Cette étude précise pour la première fois l’atteinte du microbiote, c’est-à-dire les bactéries dont la quantité est diminuée et celles retrouvées en excès. Les analyses sanguines révèlent en plus une inflammation chronique qui pourrait toucher le cerveau, dont Carina Carbia Sinde rappelle qu’il est encore en développement et donc fragile jusqu’à l'âge de 25 ans. Son espoir serait un traitement avec les bactéries manquantes, pour restaurer la flore intestinale. Mais en attendant, la prévention reste la priorité absolue. Un jeune sur trois serait concerné, souvent dès le lycée. Il faut oser en parler pour aider chacun à maîtriser sa consommation d’alcool, en luttant contre les comportements de groupes dangereux qui incitent aux excès.

L’étude concernant les jeunes Irlandais (site en anglais) :

The Lancet

La prévention:

jeunes.alcool-info-service.fr

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