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Le marché atypique (et parfois délirant) des chambres de bonne

Ce sont des logements exigus, souvent sans confort et sous les toits et pourtant, les chambres de bonnes se négocient à prix d’or à Paris.

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Patrick Lelong, combien Paris compte-elle de chambres de bonne et qui les occupe ?

Paris compte 115.000 chambres de bonne dont seulement 15 % sont occupées… et pas seulement par des étudiants. Contrairement à une idée reçue, les chambres de bonne sont majoritairement occupées par des actifs. Reste 100.000 chambres de bonne vides et autant de mètres carrés perdus, déplore l’atelier parisien d’urbanisme (APUR). Pour lutter contre ce phénomène, la Mairie de Paris envisage de subventionner des travaux en contrepartie d’un engagement par le propriétaire de louer le logement à un prix modéré, notamment grâce au dispositif Multiloc’. Des bailleurs sociaux pourraient également acquérir, à l’amiable, des chambres de bonne, et les regrouper pour les transformer en logements sociaux.

On pourrait s’imaginer qu’elles se vendent pour trois fois rien…

C’est bien là le paradoxe que mettent en lumière les notaires franciliens dans leur étude Trois décennies d’immobilier à Paris " ! Sur ce marché de niche, le prix au mètre carré atteint des prix prohibitifs. En effet, les chambres de bonne mise en vente sont rares et ont leur utilité. On peut s’en servir à usage de pied-à-terre ou les réunir pour en faire un logement louable. C’est dans le Vème arrondissement, à proximité des grands lycées Henri IV et Louis-le-Grand, que l’on trouve les prix les plus hallucinants, à plus de 11.000 euros du m². Enfin, la chambre de bonne est connue pour être un investissement locatif à la fois abordable et rentable.  

Charlie Cailloux, vous êtes juriste pour le site d’annonces immobilières PAP.fr, vous nous confirmez qu’on a le droit de louer une chambre de bonne ?

Oui bien sûr… dès lors qu’elle répond aux normes de décence. Or, plus de la moitié des 115.000 chambres de bonne disposent d’une surface inférieure à 9 m² ou ne remplissent pas les conditions de confort obligatoires (pas d’arrivée d’eau potable, de système d’évacuation, d’isolation ou de coin cuisine).  Pour être louées, ces chambres nécessitent donc la réalisation de lourds travaux.

En 2016, est-ce toujours aussi rentable d’investir dans une chambre ?

Non, c’est évidemment beaucoup moins rentable ! La taxe Apparu sur les micro-logements et surtout l’encadrement des loyers ont tiré largement le loyer vers le bas jusqu’à le diviser par deux. Ainsi, une chambre de bonne meublée dans le 16ème, le plafond de loyer s’établit aux alentours de 35 euros par mètres carré, soit 350 euros au maximum pour 10 m². La même surface pouvait trouver preneur pour plus de 500 euros avant l’encadrement. A tel point que les investisseurs désertent : on a enregistré seulement 1.700 ventes en 2015 contre 3.000 en moyenne dans les années 90, à une époque la location était bien moins réglementée.

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