C'est dans ma tête, France info

C'est dans ma tête. Un quintuple infanticide. Comment expliquer de tels actes ?

Une femme vient d'être condamnée par la Cour d’Assises du Haut-Rhin à 20 ans de réclusion pour avoir tué, à leur naissance, cinq nourrissons. Claude Halmos revient sur la nécessité qu'il y a à expliquer de tels actes. L'explication, un outil indispensable à la prévention.  

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Conférence de presse du procureur de la République de Mulhouse sur l\'affaire des bébés morts de Galfingue (Haut-Rhin), le 30 novembre 2017.
Conférence de presse du procureur de la République de Mulhouse sur l'affaire des bébés morts de Galfingue (Haut-Rhin), le 30 novembre 2017. (MAXPPP)

Sylvie Horning, 54 ans, incarcérée depuis un an et demi à Mulhouse, a été condamnée, la semaine dernière, par la cour d’assises du Haut-Rhin, à 20 ans de réclusion pour avoir tué, à leur naissance, après avoir caché ses grossesses, cinq nouveaux-nés. Des actes qui suscitent toujours autant d’horreur que d’incompréhension. La psychanalyste Claude Halmos nous donne quelques pistes de réflexion. 

franceinfo : Est-il possible d’expliquer de tels actes, et comment ?

Claude Halmos : Pour expliquer de tels actes, ou du moins essayer, il faudrait avoir pu écouter, et très longuement, la personne qui les a commis. Je ne l’ai pas fait, et je ne sais donc pas ce qui a pu la conduire à faire ce qu’elle a fait.

Mais est-ce que de tels actes ne relèvent pas toujours de la folie ?

Il faut préciser ce que l’on entend par "folie". La justice peut - et c’est très important - considérer une personne accusée comme pénalement irresponsable. C’est-à-dire poser qu’elle a agi, alors qu’elle était atteinte de troubles qui (c’est le texte de l’article 122-1 du Code pénal) ont "aboli son discernement, ou le contrôle de ses actes".

Dans le cas de Sylvie Horning, la justice n’a pas retenu l’irresponsabilité pénale. Cela veut dire qu’elle a considéré que cette femme n’était pas, au moment où elle a agi, coupée de la réalité, comme peut l’être, par exemple, quelqu’un qui entend des voix. Mais cela signifie pas, pour autant, qu’elle relèverait d’une "normalité" sur laquelle il n’y aurait pas lieu de s’interroger.

Donc elle n’est pas "folle", mais elle n’est pas non plus "normale", qu’est-elle alors ?

Elle est un être humain qui a eu une histoire personnelle, suffisamment lourde et complexe, pour faire d’elle quelqu’un capable d’accomplir, et répétitivement, des actes inhumains. Et il faudrait comprendre quelle est cette histoire. C’est-à-dire ne pas s’en tenir aux apparences, ou aux diagnostics, mais arriver à savoir qui elle est vraiment. Et ce qu’ont représenté, pour elle, ces infanticides. C’est-à-dire, par exemple, ce qu’elle a voulu - inconsciemment - faire disparaître, en faisant disparaître ses enfants, et pourquoi.

Et pour cela, il faut examiner toute sa vie : ce qu’elle a vécu, elle-même, bébé puis plus grande. Qui étaient les adultes auprès desquels elle s’est construite, ce qu’ils avaient eux-mêmes, et leurs ascendants, vécu etc.. Il faudrait explorer aussi son rapport à son corps, à la féminité, à la sexualité, à la maternité. C’est toujours un travail énorme, mais il est essentiel.

Pour quelles raisons ?

Il est essentiel pour les accusés, parce que le but des condamnations est de sanctionner les délits et les crimes, mais aussi de permettre que leurs auteurs puissent, une fois leur dette payée, se réinsérer dans la société.

Et on ne peut pas se réinsérer, si l’on ne comprend pas ce que l’on a fait. Mais il est essentiel aussi pour l’ensemble de la société. Parce que, qu’il s’agisse d’horreurs individuelles, ou d’horreurs collectives, il est important, si l’on veut empêcher qu’elles se reproduisent, de comprendre ce qui a pu permettre qu’elles se produisent. L’explication est un outil indispensable à la prévention.

Conférence de presse du procureur de la République de Mulhouse sur l\'affaire des bébés morts de Galfingue (Haut-Rhin), le 30 novembre 2017.
Conférence de presse du procureur de la République de Mulhouse sur l'affaire des bébés morts de Galfingue (Haut-Rhin), le 30 novembre 2017. (MAXPPP)