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C'est dans ma tête. Redoubler : une mesure efficace ?

Le redoublement scolaire pourrait être rétabli par décret. Un sujet hautement polémique. 

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franceinfoClaude HalmosRadio France

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Des élèves lors de la rentrée scolaire à Aytre (Charente-Maritime), le 4 septembre 2017.
Des élèves lors de la rentrée scolaire à Aytre (Charente-Maritime), le 4 septembre 2017. (XAVIER LEOTY / AFP)

Jeudi prochain, un projet de décret, rétablissant le redoublement, sera présenté au Conseil Supérieur de l’Education. Or, le redoublement a, on le sait, de nombreux détracteurs et suscite de nombreux débats. La psychanalyste Claude Halmos revient sur cette question qui fait polémique. 

Pourquoi cette question du redoublement fait-elle autant problème ?

Parce que c’est une question qui met en jeu toute la conception que l’on peut avoir du rôle de l’école, et même de la construction de l’enfant. C'est-à-dire que l’opposition au redoublement est fondée sur l’idée qu’il n’aide pas les élèves en difficulté. Parce que, alors qu’ils auraient besoin d’être encouragés, il les décourage en leur donnant une mauvaise image d’eux-mêmes. Les opposants au redoublement s’appuient, pour soutenir cette idée, sur ce qui se passe dans de nombreuses écoles. Et, à ce niveau, ils ont raison. Parce que, si faire redoubler un élève consiste à lui faire passer une deuxième année dans la même classe, sans aucune explication et sans aucune aide, cela n’a aucun sens. Mais on peut utiliser le redoublement, autrement.    

Comment utiliser le redoublement de manière positive ?  

Quand un élève échoue, il faudrait d’abord travailler à comprendre les raisons de son échec (ses problèmes psychologiques, son rapport aux méthodes pédagogiques employées etc…). Pour que lui-même puisse, ainsi que ses parents, les comprendre. Ensuite, il faudrait l’aider à garder une bonne image de lui-même, en lui expliquant bien - c’est essentiel – que, à l’école, ce n’est pas sa personne qui est évaluée, mais son travail. Et qu’avoir de mauvais résultats ne veut en aucun cas dire que l’on est - définitivement - un mauvais élève. Et enfin, il faudrait lui ouvrir des perspectives, en l’assurant qu’il peut améliorer ses résultats et qu’on va l’y aider. Si le redoublement est posé de cette façon, il n’est pas pour l’élève une mesure dévalorisante. Il est un moyen qui lui est donné, pour qu’il puisse, avec l’aide des adultes, progresser.      

Et si, malgré son niveau insuffisant, on ne fait pas redoubler l'élève ?  

L’expérience prouve que faire passer un élève, sous prétexte de ne pas le décourager, dans la classe supérieure, comme s’il avait le niveau requis, alors qu’il ne l’a pas, revient à lui faire le cadeau le plus empoisonné qui soit. Parce que c’est le faire se construire sur un mensonge, sur une illusion, c’est-à-dire sur du vide. Et que, à ce niveau, les êtres humains sont comme les maisons : s’ils sont construits sur du vide, ils ne peuvent pas être solides.

Aider un enfant à se construire ce n’est pas le préserver de la réalité. C’est lui permettre de se confronter à cette réalité, tout en l’accompagnant, par des paroles et par des actes, pour qu’il puisse la supporter et l’affronter. C’est de cette façon qu’il peut prendre progressivement confiance en lui et avancer.  

Et vous pensez que c’est valable aussi à l’école ?  

Bien sûr. Et ce, d’autant plus que l’école doit préparer l’élève au monde du travail. Et l’aider à développer toutes les capacités qui lui permettront d’y vivre sans souffrir. Or le monde du travail, on le sait, ne fait pas de cadeaux. On y rencontre forcément des échecs, qu’il faut savoir supporter et dépasser. Cela s’apprend dans la famille, mais aussi à l’école.      

Des élèves lors de la rentrée scolaire à Aytre (Charente-Maritime), le 4 septembre 2017.
Des élèves lors de la rentrée scolaire à Aytre (Charente-Maritime), le 4 septembre 2017. (XAVIER LEOTY / AFP)