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C'est dans ma tête. Quand le moindre bruit devient menace d’explosion

Inquiétude générale à Paris et dans la région parisienne, le 29 septembre 2020, quand un grand bruit au-dessus de la capitale, comme celui d'un avion qui avait passé le mur du son, a immédiatement effrayé des milliers de gens. Comment expliquer cette soudaine inquiétude ? Le décryptage de la psychanalyste Claude Halmos.

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Un avion de combat français, de type Rafale, sur le point de se poser sur le porte-avion Charles de Gaulle, le 10 février 2020.
Un avion de combat français, de type Rafale, sur le point de se poser sur le porte-avion Charles de Gaulle, le 10 février 2020. (MARIO GOLDMAN / AFP)

Le 29 septembre, un bruit très fort, entendu dans Paris et la région parisienne, a plongé dans l’inquiétude des milliers de gens, qui ont immédiatement pensé à une explosion, ou un attentat, et appelé les services d’urgence. Le bruit était en fait celui d’un avion (un Rafale) qui avait passé le mur du son, au-dessus de Paris, et des communiqués officiels ont rassuré la population.  

franceinfo : Comment peut-on expliquer l’inquiétude qui s’est manifestée ce jour-là ? 

Claude Halmos : Cet incident pourrait paraître mineur, mais il est en fait très révélateur. Autrefois en entendant un bruit comme celui du 29 septembre, on aurait pu, une fois la surprise passée, penser éventuellement à une explosion, mais comme à une chose vraiment exceptionnelle. Or, aujourd’hui, face à un tel bruit, explosion ou attentat sont les premières idées qui viennent. Parce que ce qui relevait autrefois (au sens propre) de l’extra-ordinaire, est devenu, du fait de l’actualité, une possibilité tout à fait réelle. Et cela pèse très lourdement sur nous.

Vous pouvez nous l’expliquer ?    

Notre équilibre psychologique dépend de la façon dont notre histoire nous a - plus ou moins solidement - construits, et de la qualité de notre vie présente. Mais également de ce qui se passe dans le monde qui nous entoure, qui est pour nous une source d’apaisement, d’optimisme ou, au contraire, d’angoisses. Nous avons été soumis, en peu de temps, à une accumulation d’évènements, (attentats, catastrophes climatiques, et maintenant pandémie), tous violents, et porteurs de mort. Et nous avons dû, psychologiquement, les "digérer".

Or notre psychisme, comme notre corps, ne peut pas, sans dommages, tout "digérer". Le nouvel attentat contre Charlie est venu aggraver encore la situation : nous avons aujourd’hui, comme une indigestion d’horreurs ; et cela a des conséquences sur notre état psychologique.  

De quelle façon ? Et comment se protéger ?  

Le climat anxiogène, dans lequel nous vivons, peut aggraver des états d’anxiété qui étaient déjà là, mais aussi faire naître des anxiétés nouvelles (certaines personnes, par exemple, disent qu’elles ne cessent, en ce moment, de rêver de mort, alors que rien de personnel ne le justifie). Il nous fragilise, nous insécurise, nous conduit à dramatiser des problèmes (de couple, de famille, de travail) que nous réglerions, en temps normal, beaucoup plus facilement.

Et le danger, si nous ne repérons pas l’origine extérieure de notre fragilisation, est d’attribuer nos difficultés à des failles personnelles. Ce qui revient à nous fragiliser plus encore, et surtout à nous tromper d’ennemi. Il est donc très important de garder en tête le caractère psychologiquement très éprouvant de la période que nous traversons. Et de ne pas hésiter à en discuter avec d’autres, dans sa famille, son entourage, ou son travail.

Savoir les autres confrontés aux mêmes problèmes que soi ne donne pas de solutions miracles, mais permet de se sentir moins démuni, et donc de considérer les problèmes autrement.                  

Un avion de combat français, de type Rafale, sur le point de se poser sur le porte-avion Charles de Gaulle, le 10 février 2020.
Un avion de combat français, de type Rafale, sur le point de se poser sur le porte-avion Charles de Gaulle, le 10 février 2020. (MARIO GOLDMAN / AFP)