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C'est dans ma tête. Les préconisations problématiques du nouveau carnet de santé

Un nouveau carnet de santé va entrer en vigueur demain, à l’initiative du ministère de la Santé. 

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Un bébé feuilletant son carnet de santé à Valenciennes (Nord), le 2 janvier 2018.
Un bébé feuilletant son carnet de santé à Valenciennes (Nord), le 2 janvier 2018. (MAXPPP)

Un nouveau carnet de santé va entrer en vigueur demain, à l’initiative du ministère de la Santé. Et il comporte de nombreux messages de prévention fondés, dit le ministère, sur "les évolutions scientifiques et sociétales" et sur "l’identification de nouveaux risques".  La psychanalyste Claude Halmos revient avec franceinfo sur la teneur de ces messages de prévention.

Ce nouveau carnet de santé contient effectivement de nombreux messages de prévention. Est-ce que cela vous semble une bonne chose ?  

Cela me semble une très bonne chose. Parce que, la transmission entre les générations se faisant aujourd’hui difficilement, les jeunes parents se retrouvent souvent sans repères. Ce qui les angoisse et les prive de la confiance en eux dont ils ont besoin pour élever leur enfant. Ces conseils peuvent être, pour eux, un outil très utile et même un véritable point d’appui.            

Ce nouveau carnet vous semble donc positif ?  

Pas tout à fait. Ce carnet est positif quand il donne des conseils fondés sur des principes qui font l’unanimité chez les professionnels. Expliquer par exemple que l’on ne doit jamais secouer un bébé, même si l’on est très énervé, parce que c’est dangereux, est une chose essentielle. Malheureusement il y a aussi dans ce carnet des conseils qui portent sur des points très importants de la vie d’un enfant et de son développement. Et qui sont  présentés aux parents – qui vont, malheureusement, le croire – comme fondés sur des vérités scientifiques. Alors qu’ils sont contestés par un très grand nombre de professionnels.  

Vous pouvez donner des exemples ?  

Il y en a, essentiellement, deux. Et le premier concerne le sommeil du bébé. Dans le cadre de la prévention de la mort subite du nourrisson, et parmi des recommandations tout à fait judicieuses, il est dit aux parents qu’ils doivent faire dormir leur bébé, au moins 6 mois, dans leur chambre. Or cette affirmation, qui revient à leur dire que, loin d’eux, leur bébé est en danger, n’a pas de fondement scientifique. Et elle ne peut que les angoisser, les culpabiliser et compliquer le développement psychologique de leur bébé, qui risque d’avoir du mal ensuite à dormir seul. Et qui, dans la chambre de ses parents, n’est pas à sa place et les empêche d’avoir une vie de couple.        

Vous parliez d’une autre préconisation ?

Oui. Concernant l’alimentation, il est dit dans ce nouveau carnet de santé que, le lait maternel étant le meilleur aliment pour les bébés, les mères devraient les allaiter pendant au moins 6 mois. Ce qui ne peut évidemment que culpabiliser celles qui ne peuvent pas, ou ne veulent pas allaiter. Et cela ne s’arrête pas là car, un peu plus loin, dans un tableau qui explique la diversification des aliments, le lait maternel est présenté comme pouvant être donné jusqu’à 3 ans.

Or on sait que l’allaitement prolongé est préconisé par les associations pro-allaitement. Mais contesté par un très grand nombre de professionnels, qui pensent qu’être traité comme un nourrisson, alors qu’il n’en est plus un, est préjudiciable au développement psychologique d’un enfant. On peut donc s’étonner qu’un carnet de santé, qui est un document officiel, se fasse le relais et la caution de théories dont un grand nombre de professionnels s’accordent pour dire qu’elles sont problématiques.    

Un bébé feuilletant son carnet de santé à Valenciennes (Nord), le 2 janvier 2018.
Un bébé feuilletant son carnet de santé à Valenciennes (Nord), le 2 janvier 2018. (MAXPPP)