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C'est dans ma tête. L'uniforme à l'école : une fausse bonne idée ?

La ville de Provins a mis en place, la semaine dernière, le port de l’uniforme dans les écoles primaires. La psychanalyste Claude Halmos revient aujourd'hui sur cette mesure qui pourrait ne pas produire les effets escomptés. 

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 Le maire LR de Provins (Seine-et-Marne), Olivier Lavenka (au centre), signe le PV de la consultation pour le port de l\'uniforme.
 Le maire LR de Provins (Seine-et-Marne), Olivier Lavenka (au centre), signe le PV de la consultation pour le port de l'uniforme. (MAXPPP)

62% des parents s’étaient prononcés, en juin dernier, lors d’un vote organisé par le Maire de Provins, en faveur du port de l'uniforme dans les écoles primaires de sa ville. Provins qui a mis en place cette mesure, la semaine dernière. Mesure à laquelle le ministre de l’Éducation lui-même, Jean-Michel Blanquer, s’était déclaré favorable. Le but visé est la mise en place d’une véritable communauté éducative, voire même une meilleure intégration républicaine.

Pensez-vous que le port de l’uniforme puisse avoir les effets escomptés ?  

Je crains que ce retour à l’uniforme ne soit une fausse bonne idée, parce qu’il s’appuie, me semble-t-il, sur une erreur de compréhension de ce qu’est un uniforme. Un uniforme est un signe d’appartenance. Le fait qu’une institution, comme l’armée par exemple, impose à ses membres le port d’un uniforme a pour but d’affirmer que la relation qu’ils ont à elle, l’armée, est constitutive de leur identité. Et que celles qu’ils ont entre eux n’existent que parce qu’ils ont cette relation à elle, qui les a rassemblés.

Autrement dit, ce n’est pas le port d’un uniforme par les soldats qui fait exister l’armée ; mais au contraire l’existence et la force de l’armée qui lui permet d’exiger cet uniforme.

L’uniforme ne crée pas l’appartenance à l’institution, il n’en est pas la cause, mais seulement la conséquence

Claude Halmos

Faire porter un uniforme à des élèves en pensant créer ainsi une communauté éducative revient donc à prendre, ni plus ni moins, le problème à l’envers     

Pourquoi ferait-on cette erreur de prendre le problème à l'envers ?  

Peut-être parce que la croyance infantile en la pensée magique ("je vais mettre le pull de mon copain, et je serai aussi fort que lui. Je vais mettre un uniforme aux élèves et ils deviendront de bons petits soldats") peut survivre, même à l’âge adulte. Mais surtout parce que l’on n’analyse pas assez les raisons pour lesquelles l’école ne correspond plus aujourd’hui à ce que l’on souhaiterait.

Le sentiment d’appartenance à une communauté éducati ve que les élèves respectaient, date d’une époque où l’école de la République représentait, pour chaque enfant, une possibilité réelle d’ascension sociale. Étant donné la situation économique, ce n’est plus le cas.

Par ailleurs des éléments comme le respect de la place des enseignants, ou la compréhension de la nécessité du travail, qui sont le propre d’une communauté éducative, et que les enfants ne peuvent acquérir que par l’éducation, font aujourd’hui souvent défaut, du fait précisément de la crise de l’éducation que nous traversons.

Et puis l’idée même de communauté a changé, et devient trop souvent synonyme d’exclusion des autres : le communautarisme le prouve. C’est sur tout cela qu’il faudrait travailler.        

On a critiqué aussi le fait que les parents soient obligés de payer les uniformes

C’est une critique justifiée. D’abord sur le plan matériel : c’est, pour beaucoup de familles, une dépense trop lourde, et l’on prend le risque d’accentuer les différences entre les enfants. Et cela pose aussi un problème quant au sens de l’uniforme : on peut demander à des gens de faire l’effort de se rassembler, pour former une communauté, sous la bannière d’une institution. Mais ce n’est pas à eux de fournir la bannière… Chacun sa place et son rôle !                                      

 Le maire LR de Provins (Seine-et-Marne), Olivier Lavenka (au centre), signe le PV de la consultation pour le port de l\'uniforme.
 Le maire LR de Provins (Seine-et-Marne), Olivier Lavenka (au centre), signe le PV de la consultation pour le port de l'uniforme. (MAXPPP)