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C'est dans ma tête. Adolescents criminels

L'ultra-violence chez les adolescents. Comment expliquer, comme l'a montré l'actualité avec la mort d'Alisha, frappée et jetée d'un pont dans la Seine par deux de ses camarades, que certains en viennent à s'entretuer ? Claude Halmos, psychanalyste, revient sur cette dérive criminelle. 

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14 mars 2021. A Argenteuil, marche blanche à la mémoire d\'Alisha, la jeune fille de 14 ans retrouvée morte noyée lundi 8 mars, après avoir été battue et jetée dans la Seine par deux lycéens âgés de 15 ans.  Les deux suspects ont été mis en examen pour \"assassinat\".
14 mars 2021. A Argenteuil, marche blanche à la mémoire d'Alisha, la jeune fille de 14 ans retrouvée morte noyée lundi 8 mars, après avoir été battue et jetée dans la Seine par deux lycéens âgés de 15 ans.  Les deux suspects ont été mis en examen pour "assassinat". (MARTIN BUREAU / AFP)

Deux adolescents qui, pour un motif futile, se mettent d’accord pour en assassiner une troisième ; dans un contexte où de plus en plus régulièrement, d’autres sont tués, lors de bagarres, cela inquiète tout le monde. Et surtout les parents qui s’interrogent sur les causes de tels actes, et sur ce qu’ils peuvent faire pour préserver leurs enfants.

franceinfo : Les parents ont-ils une action possible, et laquelle ?              

La dérive de ces deux adolescents, devenus criminels, est terrible et les difficultés de l’adolescence, ou l’influence des réseaux sociaux, que l’on a évoqués, ne peuvent évidemment pas suffire à l’expliquer, parce qu’on ne devient criminel que dans une histoire ; et à condition qu’elle ait été très lourde. Le crime qu’ils ont commis, qui témoigne d’une perte totale de repères dans leur rapport à la réalité, laisse donc penser que, même si personne ne l’avait perçu, ils allaient probablement très mal, et depuis longtemps.                  

Qu’entend-on exactement par "rapport à la réalité" ?      

Un être humain a un rapport normal à la réalité quand il peut faire la différence entre ses "fantasmes" c’est à dire son imagination, ce qui n’est pas (comme disent les enfants) "pour de vrai", et ce qui est "pour de vrai", c’est-à-dire la réalité. Cette différenciation est essentielle parce qu’elle permet de comprendre que dans la réalité, les choses ne sont pas, comme dans l’imagination, réversibles ; et donc de réaliser par exemple, le caractère définitif de la mort. Et, de ce fait la gravité de ce que l’on ferait si l’on passait de l’idée de tuer quelqu’un, à l’acte de le tuer.

Et cette compréhension est indispensable pour qu’un enfant puisse accepter que s’il n’a pas à limiter ses désirs et ses rêves, qui sont tous légitimes, il ne pourra jamais les réaliser tous, puisque dans une société civilisée, ils ne sont réalisables que s’ils ne portent pas atteinte aux autres, et aux lois. On a dit de ces deux adolescents qu’ils ne semblaient pas regretter leur crime. Cela peut renvoyer à une impossibilité pathologique de comprendre sa réalité.              

Comment les parents peuvent-ils aider leurs enfants à comprendre ce qu’est la réalité ?            

Ils le peuvent en leur donnant une éducation qui leur pose des limites. Quand on dit à un enfant : "Tu voudrais le jouet de ton copain, mais tu ne dois pas le lui prendre, parce que cela lui ferait de la peine, et parce que ce serait un vol", on reconnaît son désir mais on lui interdit, en lui expliquant pourquoi, de le réaliser. On lui impose donc un renoncement, qui est pour lui difficile, mais formateur parce que c’est en apprenant ainsi, dans la vie quotidienne, à maitriser ses envies, pour respecter les autres, et la loi, qu’il prend peu à peu conscience de la réalité.

Et, dans notre monde de virtuel, et de réseaux sociaux, c’est plus indispensable que jamais. Cela suppose donc une éducation adaptée, et à cet égard, les théories éducatives qui font croire aux parents que les limites seraient destructrices pour leurs enfants, ne sont pas seulement fausses, elles sont dangereuses parce qu’elles empêchent les enfants d’accéder à la réalité. Il faudrait y réfléchir…       

14 mars 2021. A Argenteuil, marche blanche à la mémoire d\'Alisha, la jeune fille de 14 ans retrouvée morte noyée lundi 8 mars, après avoir été battue et jetée dans la Seine par deux lycéens âgés de 15 ans.  Les deux suspects ont été mis en examen pour \"assassinat\".
14 mars 2021. A Argenteuil, marche blanche à la mémoire d'Alisha, la jeune fille de 14 ans retrouvée morte noyée lundi 8 mars, après avoir été battue et jetée dans la Seine par deux lycéens âgés de 15 ans.  Les deux suspects ont été mis en examen pour "assassinat". (MARTIN BUREAU / AFP)