États-Unis : la ville de Murfreesboro rend illégale l'homosexualité... avant de faire machine arrière

Dans le Tennessee, à proximité de Nashville, pendant quelques mois, en 2023, l’homosexualité a été illégale. C'est le résultat d’un décret interdisant les comportements indécents et visant en partie la gay pride.
Article rédigé par Loïc Pialat
Radio France
Publié
Temps de lecture : 3 min
Un drapeau arc-en-ciel et un camion homophobe, lors d'une manifestation à Royal Oak, aux États-Unis, le 11 mars 2023. Photo d'illustration. (JEFF KOWALSKY / AFP)

L’affaire remonte au mois de juin. Le conseil municipal, de la ville de Murfreesboro, 160 000 habitants, dans le Tennessee, a voté en faveur d’un texte interdisant tout "comportement indécent" dans l’espace public. Et cette ordonnance 23-O-22 fait référence à la section 21-71 du code municipal pour définir l’expression "conduite sexuelle". La section citée date des années 70 et le journal New Republic a constaté que la définition de conduite sexuelle sur la voie publique comprend la masturbation, les relations sexuelles mais aussi l’homosexualité avec une sanction allant de deux à cinq ans d’interdiction de participer à des événements publics.

De fait, l’homosexualité devenait hors-la-loi à Murfreesboro et mise au même niveau que la masturbation en public. Le texte a été utilisé pour justifier l’interdiction du BoroPride Festival de l’automne, jugé inapproprié pour des enfants. L’ACLU, une association de défense des droits civiques, a attaqué cette décision en justice. Le juge a donné raison à l’organisateur du festival et forcé la ville à lui accorder un permis.

La situation s’est réglée sous la pression. Le gouverneur de Californie a retweeté l’article du New Republic, par exemple, et le conseil municipal a voté au début du mois de novembre en faveur d’un amendement retirant le mot homosexualité de la définition de "conduite sexuelle". L’un des responsables de la municipalité a reconnu l’anachronisme du texte. Le retrait est officiel depuis la semaine dernière. La ville a aussi insisté pour rappeler qu’à sa connaissance, personne n’a été sanctionné pour homosexualité à Murfreesboro dans les cinq mois au cours desquels le texte original était en vigueur.

Quelque 19 lois anti-LGBT mises en place depuis 2015

L’homosexualité, même en 2023, reste un sujet sensible dans le Tennessee et aux États-Unis. Des lois à travers le pays bannissent des bibliothèques des livres parlant d’homosexualité. Dans le comté de Rutherford, celui de Murfreesboro, les bibliothèques ont notamment retiré quatre livres de leurs étagères, des livres sur le thème de l’homosexualité, en raison de l’ordonnance votée par la ville. Un système de cartes de bibliothèque empêche les mineurs d’emprunter certains livres. Plus largement dans le Tennesse, l’organisation Human Rights Campaign a recensé 19 lois anti-LGBT mises en place depuis 2015. L’interdiction des shows de dragqueen votée l’an dernier a été invalidée par un juge.

Aux États-Unis, l’homosexualité était l’un des thèmes de la moitié des livres dont des parents, ou des élus, ont demandé l’interdiction en bibliothèque en 2022. Et puis, selon CNN, Mike Johnson, le nouveau Speaker de la chambre, le chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, et donc l’un des élus les plus hauts placés du pays, a travaillé, quand il était avocat dans les années 2000, avec un groupe organisant des thérapies de conversion pour de jeunes homosexuels.

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