VIDEO. Travailleurs sans-papiers en grève: ils veulent en finir avec les fausses identités

160 travailleurs sans-papiers sont en grève depuis dix jours dans sept entreprises d'Ile-de-France. Ils travaillent sous des noms d'emprunt mais veulent en finir avec ce système. Ils demandent à leurs employeurs de reconnaître leur situation : un premier pas vers leur demande de régularisation.

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Ils travaillent dans l’illégalité mais ils ont décidé de se dévoiler. 160 travailleurs sans papiers, en grève depuis 10 jours, demandent leur régularisation. Dans une vidéo, sur la page Facebook de la CGT Massy-Essonne, certains scandent: “On bosse ici, on reste ici !” Comment font-ils pour travailler sans papiers ? Que savent leurs entreprises de leur situation ?

Nuits et jours, 33 salariés du BTP, sans papiers, campent dans l'agence d’intérim parisienne qui les emploierait depuis des années. "Moi je travaille depuis 4 ans, nous explique l'un d'eux. Je n’ai jamais manqué de boulot ici." Samba, 30 ans précise : "On fait tout, de la démolition, on coupe les câbles, on casse des bâtiments avec des marteaux-piqueurs !”

Salif est sénégalais, lui affirme y travailler depuis 3 ans en tant que manoeuvre, des contrats "d'une semaine, deux mois, trois mois”. Sur ses feuilles de paie figure pourtant un autre nom que le sien. Pour postuler, Salif aurait présenté à l’agence d’intérim le titre de séjour d’une autre personne, un alias comme il dit. C’est cet alias qui touche ses salaires, paie ses cotisations sociales puis lui reverse son argent. Mais ce système, il en a marre.

On ne veut plus ça, on veut travailler en notre nom !

Salif, travailleur sans-papier

Même sur sa carte de BTP, obligatoire sur les chantiers, figure sa propre photo, mais là encore le nom de l’alias. L’agence n’a-t-elle pas vu que ce n’était pas lui sur la photo ? "Ils savent que ce n'est pas ma photo. Même si on se ressemble, il y a des différences", assure-t-il.

Nous avons voulu poser la question aux responsables de l’agence d’intérim : étaient-ils au courant ? Le PDG ne nous a pas rappelé.

Des alias payants

En tout, il y a sept piquets de grève en Île-de-France et partout la même histoire. Dans le Val-de-Marne, 14 travailleurs sans papiers occupent un local chez un traiteur asiatique. Eux sont aides cuisiniers. Eux aussi veulent en finir avec ce système d’alias qui leur coûte de l’argent, disent-ils: “Les alias, ce n’est pas gratuit, on paie entre 150 et 200 euros, sinon le monsieur il ne te prête pas les papiers", raconte Ibrahima. "Ils disent qu'ils paient des impôts, c'est pour ça qu'ils veulent qu'on leur donne quelque chose”, complète son collègue.

Certains disent avoir travaillé sous différents alias dans cette entreprise. Le cogérant affirme lui qu’il n’en savait rien: “C'est difficile pour nous de pouvoir distinguer untel ou untel. Si je vous présente une dizaine de compatriotes asiatiques, vous n'êtes pas sûr de pouvoir les reconnaître tous. Moi je peux avoir des doutes sur quelques uns, mais jusqu’à preuve du contraire, comment voulez-vous que j’agisse ?” justifie le cogérant.

Des employeurs peu conciliants

Ces grévistes peuvent-ils être régularisés ? Sous plusieurs conditions: une promesse d'embauche et une ancienneté de travail en France. Pour cela, il faut que les employeurs signent des attestations de concordance, reconnaissant que les sans-papiers ont bien travaillé pour eux, même sous une autre identité.

Mais selon Maryline Poulain, membre du collectif migrants de la CGT, rares sont les entreprises à accepter de le faire: “Clairement ça leur permet d’avoir des travailleurs extrêmement flexibles, qui peuvent accepter des conditions de travail difficiles, parce qu'ils sont sans titre de séjour et sans droit”, assure la syndicaliste.

Les deux entreprises où nous sommes allés ont finalement accepté de signer les attestations de concordance et donc de reconnaître par écrit que les grévistes sans papiers ont bien travaillé pour eux. Ce sera ensuite aux préfectures de les régulariser ou non.

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