VIDEO. Pêche électrique : le jeu trouble de la Commission européenne

A votre avis, à la Commission européenne, quand on prend une décision, qui écoute-t-on ? Des scientifiques ? Ou plutôt des lobbyistes chargés de défendre certains intérêts ? Sur la pêche électrique, on peut se poser la question. L’Oeil du 20h a plongé en eaux troubles.

La pêche électrique, ce sont des chalutiers avec des filets équipés d’électrodes. De petites décharges électriques font sortir des fonds marins les poissons plats, comme les soles. Une pratique très efficace, prisée des Néerlandais, mais décriée par les défenseurs de l’environnement qui craignent notamment l’épuisement des stocks de poissons.  

Une technique interdite jusqu’en 2006, année où la Commission européenne lève cette interdiction et accorde des dérogations. Pourtant à l’époque, un comité scientifique sollicité par la Commission, préconise la plus grande prudence : "Bien que le développement de cette technologie ne doive pas être interrompu, plusieurs problématiques doivent être résolues avant d’accorder toute dérogation".

Bref, les scientifiques sont très réservés quant à cette pratique, comme nous le confirme Didier Gascuell, membre du comité scientifique : "Cet avis est très clair, il est prudent voire négatif sur le développement de cette technologie. Et pourtant dans les mois qui ont suivi, la Commission a accordé un certain nombre de dérogations.”

Pourquoi cet assouplissement de la législation ? Selon l’association écologiste Bloom qui a enquêté sur le sujet, la Commission européenne a cédé face au lobby de la pêche néerlandaise. Selon Claire Nouvian, présidente de Bloom, "c’est la volonté claire, nette et précise de donner raison à un lobby industriel d’un Etat membre, les Pays-Bas contre l’avis scientifique et contre l’intérêt général, c’est un manquement grave à la mission de la Commission européenne."

La Commission a-t-elle cédé sous la pression des lobbys ? Nous avons, à plusieurs reprises, sollicité le commissaire européen à la pêche, Karmenu Vella. Sans succès.

La commission nous a répondu par mail, réfutant avoir été influencée par des lobbys : "Les derniers avis scientifiques datant de 2012 et 2016 ont donné assez de preuves pour justifier l’abolition de la limite des navires pouvant utiliser la pêche électrique"

Ce soir, au sein du parlement européen, à la veille du vote qui pourrait généraliser cette technique, Pim Wisser, lobbyiste représentant des pêcheurs néerlandais, organise une conférence. Le but, convaincre les députés de l’intérêt de la pêche électrique : "Nous avons envoyé beaucoup d’emails, pour informer sur ce qui est vrai et ce qui est faux concernant la pêche électrique. Nous avons utilisé au maximum notre liberté d’informer.”.

Les députés européens voteront-ils pour la généralisation de la pêche électrique. Réponse demain après-midi, à Strasbourg.

(L'Oeil du 20h)