Un rapport du Sénat pointe le recours de l'Etat aux cabinets de conseil et leur influence "tentaculaire"

Les dépenses dans ce domaine ont fortement augmenté au fil du quinquennat d'Emmanuel Macron, a constaté la commission d'enquête sénatoriale.

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L'entrée du Sénat, à Paris, le 26 janvier 2022. (MARTIN NODA / HANS LUCAS / AFP)

"Il s'agit d'une intrusion en profondeur du secteur privé dans la sphère publique", pointe la rapporteure Eliane Assassi. Une commission d'enquête du Sénat a remis, jeudi 17 mars, son rapport sur le recours par l'Etat aux cabinets de conseil privé. Le texte, dont une synthèse est accessible en ligne, dénonce un "phénomène tentaculaire" et son coût croissant pour les finances publiques.

"D'après les éléments transmis par les ministères, le coût moyen d'une journée de [travail d'un] consultant s'élève à 1 528 euros TTC pour la période 2018-2020", a affirmé Eliane Assassi, sénatrice du groupe CRCE à majorité communiste, lors d'une conférence de presse. En 2021, les dépenses de conseil des ministères ont atteint 893,9 millions d'euros, une augmentation nette par rapport à 2018 (379,1 millions).

Un meilleur encadrement demandé

"C'est une volonté politique, un choix du gouvernement de faire appel à des cabinets de conseil en lieu et place de l'administration", a déploré la rapporteure de la commission, même si les gouvernements précédents y avaient également recours.

La commission d'enquête y voit plusieurs risques. Les cabinets de conseil ont "pour habitude de 'prioriser' les scénarios proposés" à l'administration qui les sollicite, "ce qui renforce leurs poids dans la décision publique". Et faire systématiquement appel à eux risque de créer une "dépendance" des pouvoirs publics.

Le texte formule dix-neuf propositions, dont la publication de la liste des prestations de conseil commandées par l'Etat et ses opérateurs, un examen systématique de celles qui dépassent 150 000 euros et une interdiction des prestations gratuites.

Mi-janvier, le Premier ministre Jean Castex a publié une circulaire pour encadrer le recours aux "prestations intellectuelles", fixant un objectif de réduire de 15% en 2022 le budget qui leur est consacré.

Le président de la commission d'enquête, Arnaud Bazin (LR), a par ailleurs annoncé jeudi que le Sénat allait saisir le procureur de la République pour une "suspicion de faux témoignage" du directeur associé du cabinet McKinsey, qui a assuré lors de son audition que l'entreprise paye ses impôts en France. "Lorsque l’on regarde sur les dix dernières années, cet impôt est à zéro, parce que le résultat fiscal est systématiquement négatif", pointe le sénateur, cité par Public Sénat. La candidate LR à l'élection présidentielle Valérie Pécresse a appelé Emmanuel Macron à "s'explique sur le recours massif de l'Etat" à l'entreprise.

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