Tribune des militaires dans "Valeurs Actuelles" : "Un groupe de quelques vieux grincheux qui n'ont rien compris", pour le général Jérôme Pellistrandi

"Tant sur le fond que sur la forme, ce texte est d'une faiblesse incroyable et il met en cause ce qui fait la force de nos armées", estime sur franceinfo le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense Nationale.

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Radio France
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La ministre des Armées Florence Parly s'adresse aux soldats du 3e RIMA (régiment d'infanterie de Marine) à Vannes (Bretagne), le 18 mai 2020. (LOIC VENANCE / AFP)

"Il s'agit d'un groupe de quelques vieux grincheux qui n'ont rien compris", estime lundi 26 avril sur franceinfo le général Jérôme Pellistrandi, rédacteur en chef de la revue Défense Nationale, après la publication d'une tribune par des militaires mercredi 21 avril dans l'hebdomadaire Valeurs Actuelles où ils appellent à lutter contre le "délitement" de la France.

franceinfo : À titre personnel, qu'avez-vous pensé de cette tribune ?

Général Jérôme Pellistrandi : J'ai été choqué. Je trouve ça pathétique et pitoyable. Tant sur le fond que sur la forme, ce texte est d'une faiblesse incroyable et il met en cause ce qui fait la force de nos armées. Je suis peiné et choqué ce soir, avec ce texte inutile. D'une part, ce texte qui a été rédigé par une vingtaine d'officiers généraux en deuxième section, dont la moyenne d'âge est d'ailleurs assez élevée, est totalement déconnecté de la réalité du quotidien de nos armées. Nos armées ce sont des jeunes hommes et femmes qui ont 25 ans en moyenne, qui se battent contre le terrorisme au Sahel, au Levant, sur le territoire national avec l'opération Sentinelle. Il y a une espèce d'amalgame dans ce texte, fait par des politiques en considérant que ce sont les militaires qui s'expriment. Non, il s'agit d'un groupe de quelques, désolé pour le terme, vieux grincheux qui n'ont rien compris et qui mettent de l'huile sur le feu au moment où les armées doivent montrer l'unité de la nation.

Quel est, selon vous, le but recherché par les auteurs de cette tribune ?

Je ne sais pas quel est leur but, s'il est politique, s'il est de se positionner. Nous allons bientôt entrer en campagne présidentielle. Mais quand on regarde leur texte, il parle que de problèmes intérieurs, de problèmes qui certes existent, mais au lieu de travailler sur l'unité, sur ce qui fait la force de nos armées, ils s'expriment avec des mots extrêmement violents, avec une rhétorique complètement obsolètes et ils outrepassent le devoir de réserve qui s'impose aux militaires et en particuliers aux officiers généraux.

"Je suis peiné qu'une telle polémique vienne entacher nos armées."

Général Jérôme Pellistrandi

à franceinfo

Portent-ils préjudice à l'armée selon vous ?

Bien entendu. Ils portent un préjudice énorme à nos armées. Moi ce que je vois aujourd'hui ce sont des jeunes qui s'engagent quelle que soit leur couleur de peau, leur religion. Ils sont derrière le drapeau, ils servent avec abnégation dans des conditions difficiles. Ce sont eux les véritables héros, eux qui se battent pour la France. Pas ce groupe de généraux qui n'a rien compris à l'évolution de notre société et qui pense qu'avant c'était toujours mieux. Je suis en colère pour cette atteinte à la cohésion de nos armées et à l'image que donne ce petit groupe, qui reste très limité en effectif.

La ministre des Armées a promis des sanctions. Que risquent-ils ? Quelle est la règle ?

Il faut bien voir que tout dépend de leur positionnement sur le plan statutaire. Les généraux en deuxième section peuvent être sanctionnés, on peut leur rappeler leur devoir de réserve. Ils peuvent même être mis en retraite. En tout cas ils ne peuvent pas se revendiquer de l'identité militaire comme ils le font. Ils peuvent s'exprimer en tant que citoyens mais pas en tant que généraux, qui seraient en quelque sorte dépositaires d'une forme d'identité nationale. Ensuite, parmi ceux qui ont signé cette tribune, on va voir quels sont ceux qui sont actifs. Je pense qu'il n'y en a pas. Il se peut qu'il y ait quelques réservistes. Ils quitteront la réserve. Ils n'ont pas compris quel était le sens du devoir militaire aujourd'hui.

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