"Tant que Jean-Marie Le Pen sera vivant, il dérangera le Front national"

La justice a donné raison en appel à Jean Marie Le Pen face au Front National. Il faudra un congrès physique, et non par courrier pour le démettre de ses fonctions. Quelles conséquences politiques ? Réponses avec Joël Gombin, spécialiste du Front national, chercheur en science politique, membre de l’observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean Jaurès.

(Jean-Marie et Marine Le Pen lors de la manifestation annuelle du Front National pour le 1er mai © MaxPPP)

Le Front national ne peut pas organiser un congrès par courrier pour changer les statuts du parti et retirer à son cofondateur, Jean-Marie Le Pen, le titre de président d’honneur. La décision du juge des référés du 8 juillet a été confirmée par la cour d’appel de Versailles. Dans son ordonnance, le juge des référés considérait que le "choix illicite d'un vote par correspondance " privait Jean-Marie Le Pen de "tout moyen d'expression ", ce qui constituait bien une "violation des statuts ".

Marine Le Pen arrivera-t-elle politiquement à se débarrasser de son père ?

Il faut faire la distinction entre s’en débarrasser politiquement et s’en débarrasser  juridiquement. A l’évidence, la voie juridique a prouvé ses limites. Pour  le règlement politique de cette affaire, le choix qui s’offre maintenant au Front National, ce sera d’organiser un congrès physique pour supprimer la fonction de président d’honneur.

"Inévitablement un tel congrès entrainera un débat politique et des prises de paroles de Jean-Marie Le Pen beaucoup plus importantes"

La difficulté c’est que si le Front national décide d’organiser un congrès physique, cela va parasiter la campagne des régionales en changeant complètement le message du Front national qui aura l’air de s’occuper de sa campagne interne, plutôt que des régionales.

A LIRE AUSSI   ►►►Congrès du Front National : la justice donne raison à Jean-Marie Le Pen

Quelle est l’influence de Jean-Marie Le Pen au Front National ?

Elle est faible. Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que son pouvoir est un pouvoir de nuisance, plutôt qu’un pouvoir de construire quelque chose. La question n’est pas de savoir « combien de divisions », comme dirait Staline, mais plutôt de mesurer que cette histoire apparait parce que Jean-Marie Le Pen et d’autres veulent créer un débat politique sur la ligne du Front National. C’est ce débat que le Front National a cherché à ne pas avoir en concentrant la question sur un aspect personnel, sur le rôle de Jean Marie Le Pen.

"Aujourd’hui toute la question est de savoir si Jean Marie Le Pen va être en capacité de remettre au cœur du débat la question proprement politique qui était celle du départ"

A t-il des soutiens? Il ne s’agit pas tant de soutiens que de ceux qui comme lui contestent la ligne économique qui est portée par Marine Le Pen et Florian Philippot et qui est celle du Front National. Ceux qui contestent cette ligne peuvent très bien ne pas valider les propos les plus provocateurs de Jean-Marie Le Pen.

Jusqu’où cela peut aller cette guerre?

C’est toujours difficile à dire. Comme souvent dans les disputes internes au Front National, on mesure mal l’enchainement possible des choses. Dans tous les cas, quel que soit le règlement judiciaire ou politique de cette affaire, personne ne peut empêcher Jean-Marie Le Pen de s’exprimer. Qu’il s’exprime en qualité de président d’honneur ou pas, je pense que tant qu’il sera vivant, il portera une parole qui dérangera la direction du Front National. Donc je me demande si aujourd’hui, un certain nombre de cadres du Front National ne vont pas plaider pour une forme d’apaisement, de désescalade plutôt que de jusqu’au  boutisme.

"Ceux qui, comme Jean-Marie Le Pen contestent la ligné économique du FN ne valident pas forcément ses propos provocateurs"
--'--
--'--