Simone Veil, grande conscience et figure de la vie politique française, est morte à l'âge de 89 ans

Simone Veil laisse l'image d'une femme de cœur et de pouvoir façonnée par les tourments du XXe siècle, qui la vit survivre aux camps nazis, assister à la naissance de l'Union européenne et légaliser l'avortement en France.

Simone Veil, à Chaussy (Val-d\'Oise), le 9 octobre 2004. 
Simone Veil, à Chaussy (Val-d'Oise), le 9 octobre 2004.  (CATHERINE GUGELMANN / AFP)

Immense figure de la vie politique française, l'ancienne ministre Simone Veil, qui avait porté la loi légalisant l'avortement en 1974, est morte vendredi 30 juin, a annoncé son fils Jean Veil. "Ma mère est morte ce matin à son domicile. Elle allait avoir 90 ans le 13 juillet", a indiqué l'avocat. Elle était rescapée des camps de la mort, où elle avait été déportée à 16 ans, et incarnait pour les Français la mémoire de la Shoah.

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Connue pour son fort caractère, celle qui a été l'une des personnalités préférées des Français était affaiblie depuis plusieurs années. L'été dernier, elle avait été brièvement hospitalisée pour des problèmes respiratoires.

"Je n'imaginais pas la haine que j'allais susciter"

Cette centriste historique, membre du Conseil constitutionnel de 1998 à 2007, s'est illustrée en faisant voter la loi portant son nom sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Elle était alors ministre de la Santé sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. Elle avait fait face à des adversaires déchaînés. "Je n'imaginais pas la haine que j'allais susciter", confiait-elle dans un livre entretien avec la journaliste Annick Cojean (Les hommes aussi s'en souviennent, 2004).

Née le 13 juillet 1927 à Nice (Alpes-Maritimes) au sein d'une famille juive et laïque, fille d'un architecte, Simone Jacob est déportée en 1944 à Auschwitz avec sa famille. Rescapée avec ses sœurs, elle rencontre ensuite à Sciences-Po son futur mari Antoine Veil, . Le couple, marié en 1946, aura trois enfants. Simone Veil commence en 1956 sa carrière dans la magistrature, comme substitut à l'administration centrale du ministère de la Justice. Elle est la première femme à devenir secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature (1970-1974).

Première présidente du Parlement européen 

Entrée en politique en 1974, comme ministre de la Santé dans le gouvernement Chirac, elle le demeurera dans les trois gouvernements Barre, se voyant adjoindre la Sécurité sociale en 1977-1978, et la Famille en 1978-1979. Tête de liste UDF lors des premières élections au Parlement européen au suffrage universel en 1979, elle renonce à son poste ministériel pour devenir la première présidente du Parlement européen (1979-1982). Réélue en 1984 et 1989, Simone Veil y siégera jusqu'en 1993.

De 1993 à 1995, Simone Veil est ministre d'Etat, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville, dans le gouvernement Balladur. Soutien de Raymond Barre à la présidentielle de 1988, elle rallie Edouard Balladur dans la course à l'Elysée en 1995. Bien que centriste de cœur, Simone Veil soutient Nicolas Sarkozy contre François Bayrou, le candidat de l'UDF, lors de la présidentielle de 2007.

Par la suite, elle s'éloigne du chef de l'Etat après la proposition de ce dernier, qu'elle désapprouve, de faire "parrainer" de jeunes victimes de la Shoah par des élèves français. En 2010, elle entre à l'Académie française, ultime consécration pour celle qui a incarné pendant près de cinquante ans un humanisme de droite. Sur son épée d'Immortelle, elle fait graver son matricule tatoué à Auschwitz, la devise française et celle de l'Union européenne – "Unie dans la diversité" –, résumant son itinéraire et ses engagements successifs.